BUJUMBURA, 12 fév (ABP) – Dans les quartiers populaires de Bujumbura, des milliers de bouteilles plastiques s’accumulent chaque jour. Jetées après consommation, elles finissent dans les caniveaux, longent les rivières et, inexorablement, aboutissent dans le lac Tanganyika. A Ruziba, en commune Mugere, une récente opération de collecte a mis en lumière l’ampleur d’un phénomène longtemps banalisé, mais aux conséquences environnementales graves.
Avec l’appui technique et financier du Conseil pour l’éducation et le développement (COPED), et grâce au financement de l’Union européenne à travers le projet ECOCIRC, l’Association des Jeunes Amis de la Nature (AJANAKA) a organisé, le samedi 31 janvier 2026, une campagne de sensibilisation communautaire. Celle-ci portait sur la gestion et la collecte des déchets solides.
Quand la pollution devient visible
Un samedi matin, autour du marché de Ruziba, les déchets ne sont plus visibles. Gants aux mains et sacs sur les épaules, des jeunes membres de l’AJANAKA, des cadres du projet ECOCIRC et des agents administratifs sillonnent les ruelles, les abords des routes et les caniveaux. En quelques heures, les sacs se remplissent presque exclusivement de bouteilles plastiques, majoritairement issues de boissons alcoolisées à bas prix.
« Ce que vous voyez ici n’est qu’une petite partie du problème, » confie un volontaire. A chaque pluie, explique-t-il, ces déchets sont entraînés vers les rivières, puis vers le lac Tanganyika, où ils deviennent une menace directe pour la biodiversité aquatique.

Sur le terrain, les activités se sont déroulées aux côtés du conseiller de l’administrateur communal chargé de la communication et des relations publiques, Ferdinand Ndanezerewe. Elles se concentraient sur la récupération des déchets plastiques obstruant les caniveaux, véritables points névralgiques où la pollution s’accumule avant de se disperser. « Nous voulons contribuer à la préservation de l’environnement et garantir une vie saine aux générations actuelles et futures », explique Edmond Nizigama, président de l’AJANAKA. Selon lui, la sensibilisation reste essentielle, car beaucoup de ménages ignorent encore les techniques de tri et de gestion des déchets solides.
Pourtant, ces déchets pourraient devenir une ressource économique. « Les déchets ne sont pas seulement un problème. Bien traités, ils peuvent être transformés en objets utiles pour la communauté », insiste-t-il, citant la fabrication de chaises et d’autres équipements à partir de plastiques recyclés.
Le lac Tanganyika en première ligne
Pour Sylvestre Mugabarabona, coordonnateur du programme ECOCIRC, une grande partie des plastiques provenant de la ville de Bujumbura finit dans le lac Tanganyika. Ils constituent une menace sérieuse pour les animaux aquatiques, en particulier les poissons.
Sylvestre Mugabarabona explique que le projet ECOCIRC vise avant tout à soutenir les efforts du gouvernement burundais en matière de protection de l’environnement et de la biodiversité. Par ailleurs, il cherche à promouvoir une économie circulaire au niveau des ménages. Il précise que COPED collabore étroitement avec des organisations locales engagées dans la collecte et la transformation des déchets, même si, pour l’instant, le programme en est encore à ses débuts.
Selon toujours lui, le projet ECOCIRC vise ainsi à appuyer les efforts du gouvernement burundais en matière de protection de l’environnement et de la biodiversité, tout en promouvant une économie circulaire au niveau des ménages. Le COPED travaille en collaboration avec des organisations locales engagées dans la collecte et la transformation des déchets, même si le programme n’en est encore qu’à ses débuts.
L’administration hausse le ton
Du côté des autorités locales, le message se veut ferme. La protection de l’environnement figure parmi les priorités de la commune de Mugere, rappelle Ndanezerewe. Il dénonce notamment les pratiques de certaines personnes qui exigent de l’argent à ceux qui collectent les déchets.
« La commune ne tolérera aucun comportement visant à freiner ou saboter les efforts de développement,» prévient-il, annonçant des sanctions et des amendes pour les contrevenants. Il reconnaît toutefois un défi majeur : le manque de poubelles au marché de Ruziba, une situation qui continue d’alimenter l’insalubrité et la pollution.
Cette campagne de collecte n’a duré qu’une demi-journée. Mais les déchets ramassés racontent une histoire plus vaste : celle d’une consommation plastique incontrôlée et d’un lac menacé. Derrière chaque bouteille récupérée dans un caniveau se cache une question centrale : combien d’autres n’ont pas été ramassées et ont déjà rejoint les eaux du Tanganyika.
