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L’essence culturelle, un socle intangible, selon Ferdinand Mberamihigo

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Mai 20, 2026
Professeur d’Université Ferdinand Mberamihigo

MUKAZA, 12 mai (ABP) – « Il ne faut pas toucher à ce qui est rituel ou constitue l’essence de l’élément culturel ». Ce sont les propos du professeur d’Université Ferdinand Mberamihigo, lors d’un entretien accordé à l’ABP le jeudi 7 mai 2026.

Au cours de cet échange, M. Mberamihigo a défini les limites les limites à ne pas franchir pour éviter la dénaturation des contenus culturels. Il a mis un accent particulier sur le tambour burundais, déjà inscrit au patrimoine mondial de l’humanité.

Pour lui, peindre un tambour aux couleurs nationales burundaises, comme cela a été fait il y a environ 25 à 30 ans, ou remplacer les vêtements en fibres naturelles des tambourinaires par des tissus industriels, ne dénature pas l’instrument.

En revanche, en raison de sa signification symbolique, l’ouverture du jeu du tambour aux femmes n’est pas un simple détail. Il précise qu’avec l’inscription du tambour au patrimoine mondial de l’humanité, certains éléments prennent une importance particulière, ce qui exige rigueur et respect des conventions.

Avant cette inscription, le tambour était couramment joué lors des cérémonies de mariage, et le marié pouvait symboliquement être considéré comme le « roi du jour ».

Aujourd’hui, rappelle-t-il, le Burundi s’est engagé à respecter les règles liées à cette tradition. On peut également observer la danse de l’Intore exécutée à l’église : dans ce cas, c’est comme si l’on dansait pour le « Roi des rois », explique-t-il.  Si cette pratique était inscrite au patrimoine, elle serait probablement encadrée plus strictement, a-t-il signalé.

En somme, pour les éléments qui ne sont pas concernés par une inscription au patrimoine mondial ou qui n’ont pas de caractère sacré, ce professeur indique que la créativité contribue à leur régénération.

Le professeur cite la danse traditionnelle, rappelant qu’avant les années 1996, avec l’émergence de clubs féminins modernes tels que Higa Folk As, Intatana ou Umudeyo, ces derniers ont intégré le piano dans leurs créations, signalant qu’avant cette innovation la danse traditionnelle était en déclin. Lorsqu’elle passait à la radio, indique-t-il, certains plaisantaient en disant que « ça épuise les piles ». Ces groupes ont d’après contribué à sa renaissance.

Avant cette évolution, rappelle toujours ce professeur, il était difficile d’intégrer une chanson traditionnelle dans une fête familiale sans être perçu comme en retard ou paysan. Pourtant, même ailleurs, en Europe ou aux États-Unis, des styles aujourd’hui valorisés comme le jazz ont intégré des éléments issus d’autres cultures, notamment africaines.

Sur le point de la ligne rouge, le professeur insiste sur la distinction entre le fondamental, le cœur même de l’élément culturel, et le détail, qui est périphérique. Il signale que certaines innovations peuvent dénaturer la culture, citant notamment le jeu de tambour par les femmes.

Il compare cela à une situation où les danseurs d’Ingoma ou d’Inanga introduiraient du rock, ou encore où les poèmes panégyriques (amazina y’ubuhizi) seraient récités assis au lieu d’être déclamés debout, posture associée à la force. Il évoque également le cas d’une troupe d’Ingoma suspendue pour avoir joué en tenant une bière à la main, citant également certains accoutrements non burundais observés chez des danseuses traditionnelles, ainsi que des styles de danse jugés étrangers, comme certaines manières de lever doucement le pied ou d’agiter les hanches (kuzunza ibisusu).

Selon lui, la spécificité d’une danse réside dans son style propre. « On peut créer à partir de ce style, mais non simplement emprunter sans discernement. », a-t-il martelé.