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La stigmatisation liée à l’infertilité peut affecter gravement la santé mentale

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Sep 28, 2026
Venantie Nijimbere, une femme de Camugani, avec ses deux enfants.

NGOZI, 25 septembre (ABP) – La stigmatisation sociale liée à l’infertilité peut provoquer une détresse psychologique et favoriser l’aggravation de troubles anxieux et dépressifs, nécessitant, dans certains cas, une prise en charge psychologique ou psychiatrique. C’est ce qu’a indiqué Dr Médard Niyimpaye, psychologue et directeur du Centre d’écoute et de prise en charge médicale et psychosociale de Ngozi (CNP), dans un entretien accordé à l’Agence Burundaise de Presse (ABP).

Selon lui, bien qu’il n’existe pas encore de statistiques précises sur l’ampleur du phénomène, les cas enregistrés dans son centre témoignent de l’impact psychologique que peut avoir la stigmatisation sur les personnes confrontées à l’infertilité. Il a expliqué que, dans un contexte burundais où la procréation occupe une place importante dans les normes sociales et culturelles, l’infertilité peut être associée à l’isolement social, à une perte d’estime de soi et à une dégradation du bien-être psychologique.

Cette situation peut également affecter la vie conjugale, en favorisant les conflits, les incompréhensions et, dans certains cas, les séparations. « Les attentes sociétales exacerbent souvent ces tensions, surtout lorsque la pression repose principalement sur la femme », a-t-il souligné. Le Dr Niyimpaye a enfin relevé que certaines personnes confrontées à l’infertilité peuvent développer un sentiment de dévalorisation ou d’incomplétude, avec des répercussions sur leur équilibre émotionnel et leur bien-être psychique.

Une mère témoigne après huit années de mariage sans enfant

Venantie Nijimbere dit avoir été stigmatisée par sa famille et son entourage depuis 2016. Après huit années de mariage, elle a finalement donné naissance à son premier enfant. Elle réside actuellement sur la colline Camugani dans la commune de Ngozi, en province de Butanyerera. Avec ses deux enfants, âgés respectivement de quatre ans et d’environ trois mois et demi, le visage illuminé de joie, elle raconte comment ces années passées sans enfant l’ont profondément affectée, au point de la conduire, selon son témoignage, au bord de la dépression.

Mme Nijimbere confie que cette période a été particulièrement difficile, notamment en raison de l’attitude de certains voisins. Elle remercie toutefois son mari pour son soutien et sa compréhension. «Certains voisins venaient nous rendre visite, mais, en repartant, ils me disaient qu’ils ne reviendraient que lorsque j’aurais eu un enfant», témoigne-t-elle. Elle rapporte également qu’une personne lui avait affirmé lui avoir jeté un sort afin de l’empêcher de concevoir, une parole qui l’avait profondément choquée. Mme Niyonkuru explique qu’elle avait fini par accepter l’idée qu’elle ne pourrait peut-être jamais avoir d’enfant. Elle indique avoir consulté plusieurs médecins durant cette période avant de tomber finalement enceinte.

Elle conseille aux couples confrontés à l’infertilité de ne pas recourir aux guérisseurs traditionnels, mais plutôt de consulter des professionnels de santé. Elle appelle également la société à éviter de marginaliser les femmes confrontées à l’infertilité, soulignant que la stigmatisation peut avoir de graves conséquences sur leur bien-être psychologique.

« J’ai failli sombrer. Je pleurais souvent seule. Parfois, je passais la nuit sans manger, absorbée par mes pensées sur la manière dont la société me percevait. Certaines personnes refusaient même que je m’approche de leurs enfants ou que je les prenne dans mes bras, craignant que je ne leur jette un sort », déplore-t-elle.

L’infertilité peut concerner les deux partenaires

Le gynécologue-obstétricien Dr Thierry Akimana a indiqué à l’ABP que l’infertilité est une maladie du système reproducteur masculin ou féminin, caractérisée par l’incapacité à obtenir une grossesse après 12 mois ou plus de rapports sexuels réguliers non protégés. Il a précisé que les facteurs contribuant à l’infertilité peuvent être présents chez l’un ou l’autre des partenaires. Il appelle ainsi à ne pas attribuer systématiquement la responsabilité de l’infertilité à la femme au sein du couple.

Dr Médard Niyimpaye, psychologue et directeur du Centre d’écoute et de prise en charge médicale et psychosociale (CNP), de Ngozi.

Selon lui, l’infertilité peut souvent être prise en charge en fonction notamment de sa cause, de sa durée, de l’âge des partenaires et de l’accès aux soins. Ce professionnel de santé encourage les couples concernés à maintenir leurs activités sociales et économiques et à consulter ensemble des professionnels de santé. Il souligne que l’infertilité peut également concerner l’homme. Il exhorte ainsi la société à ne pas isoler ni stigmatiser les couples confrontés à l’infertilité, mais plutôt à leur apporter soutien et compréhension.

L’OMS souligne les conséquences psychosociales de l’infertilité

Dans ses premières lignes directrices mondiales sur l’infertilité, publiées en novembre 2025, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) indique que l’infertilité, définie comme l’impossibilité d’obtenir une grossesse après 12 mois ou plus de rapports sexuels réguliers non protégés, peut entraîner une détresse importante, la stigmatisation et des difficultés financières, avec des répercussions sur le bien-être mental et psychosocial des personnes concernées.

Selon l’OMS, l’infertilité touche environ une personne sur six en âge de procréer à un moment donné de sa vie. Malgré l’augmentation de la demande de services liés à l’infertilité dans le monde, l’accès aux soins demeure limité dans de nombreux contextes. L’organisation souligne également que les examens et traitements de l’infertilité sont souvent largement à la charge des personnes concernées, ce qui peut entraîner des dépenses financières importantes. Dans certains contextes, une seule fécondation in vitro (FIV) peut coûter jusqu’à deux fois le revenu annuel moyen d’un ménage.

Les leaders religieux appelés à contribuer à la lutte contre la stigmatisation

D’après l’évêque Émile Ndikumana, responsable de la Coalition des Églises chrétiennes à Ngozi, les leaders religieux peuvent jouer un rôle important dans l’accompagnement des couples confrontés à l’infertilité, notamment en leur apportant un soutien moral et spirituel et en contribuant à réduire la honte et les préjugés. Selon lui, les responsables religieux ont notamment pour mission d’enseigner aux fidèles que la procréation ne doit pas être considérée comme un critère permettant de juger la valeur d’une personne ou d’un couple.

Il dit avoir constaté des cas où des conjoints maltraitent leurs partenaires en raison de leur incapacité à avoir des enfants. Il met par ailleurs en garde contre certaines pratiques consistant, dans les milieux religieux, à recommander uniquement la prière face aux problèmes d’infertilité, sans encourager les personnes concernées à consulter des professionnels de santé.

Il appelle enfin les communautés à éviter toute forme de stigmatisation ou de maltraitance à l’égard des personnes confrontées à l’infertilité. Selon lui, ces comportements peuvent contribuer à une détresse psychologique importante et favoriser l’apparition ou l’aggravation de troubles anxieux ou dépressifs, nécessitant, dans certains cas, une prise en charge psychologique ou psychiatrique.

ABP / Maurice TUNINAHAZIMANA