• lun. Oct 19th, 2026

Maltraitance des enfants : les témoins appelés à ne pas rester indifférents

ByAdministrateur

Oct 19, 2026
Ferdinand Simbaruhije

MUKAZA, 6 oct (ABP) – Assister à la maltraitance d’un enfant sans réagir ni dénoncer les faits expose les victimes à la poursuite des abus, estime la Fédération nationale des associations engagées dans le domaine de l’enfance au Burundi (FENADEB), qui appelle les témoins à briser le silence.

Lors d’un entretien accordé à l’ABP, Ferdinand Simbaruhije, porte-parole de la FENADEB, a déploré que certains enfants soient victimes de maltraitance de la part de leurs parents biologiques, de leurs tuteurs ou de leurs parents adoptifs, sous le regard d’adultes qui, dans certains cas, restent silencieux sans intervenir ni dénoncer les auteurs.

Il a également signalé que certains enfants sont soumis à des punitions disproportionnées pour de petites fautes commises, notamment en étant brûlés, sévèrement battus, humiliés en public ou soumis à des travaux dépassant leurs capacités et leur âge. Selon lui, de telles pratiques ne peuvent pas être justifiées par les fautes commises par les enfants.

Simbaruhije a également relevé des cas de maltraitance dans certaines familles adoptives, où des enfants sont parfois grondés, injuriés ou maltraités pour des gestes ou des fautes mineures. Il a déploré de telles pratiques, rappelant que les parents adoptifs ont la responsabilité d’assurer à l’enfant adopté un cadre familial protecteur, fondé sur l’éducation, l’encadrement et le respect, au même titre que les parents biologiques. Il a aussi rappelé des cas où les enfants sont contraints à faire des travaux fatigants pour l’intérêt des familles qui les ont adoptés, ce qu’il qualifie de traite.

Il a souligné que la persistance des cas de maltraitance des enfants intervient malgré l’existence de plusieurs mécanismes juridiques et institutionnels destinés à leur protection. Il a notamment cité la législation burundaise, les instruments internationaux relatifs aux droits de l’enfant ratifiés par le Burundi dans les années 1990, ainsi que la Stratégie nationale de prise en charge alternative mise en place par le gouvernement en 2021 concernant les exigences pour adopter un enfant. Selon lui, l’application effective de ces différents dispositifs est indispensable pour garantir la protection des enfants contre les violences et les mauvais traitements.

Ce défenseur des droits de l’enfant a également déploré le silence de certains adultes qui, témoins de violences infligées aux enfants, choisissent de ne pas intervenir ni dénoncer les auteurs. Il a appelé à davantage de vigilance et de responsabilité de la part de la communauté afin que ces violences ne restent pas impunies et que les enfants victimes puissent bénéficier de la protection nécessaire.

Selon M. Simbaruhije, aucun adulte ne devrait rester indifférent face à un enfant victime de maltraitance. Pour lui, la protection de l’enfant relève de la responsabilité de tous, et le silence face aux violences ne devrait pas être une option.

Ferdinand Simbaruhije a rappelé que la non-assistance à une personne en danger constitue une infraction punissable par la loi. Selon lui, les personnes témoins d’actes de maltraitance envers des enfants qui, sans danger pour elles-mêmes ou pour autrui, s’abstiennent volontairement d’intervenir ou d’alerter les services compétents, peuvent s’exposer aux sanctions prévues par l’article 484 du Code pénal burundais, notamment une peine d’emprisonnement d’un à trois ans et une amende. Il a ainsi appelé les témoins à ne pas garder le silence face à de tels actes, mais à les signaler rapidement aux services compétents.

Il a également rappelé que la protection des droits de l’enfant ne relève pas uniquement de l’État et des associations œuvrant dans ce domaine, mais constitue une responsabilité de toute la communauté. Il a appelé chaque citoyen à être attentif aux conditions de vie des enfants, à intervenir lorsque leur sécurité est menacée et à signaler aux services compétents tout cas de violence ou de maltraitance dont il est témoin.

Simbaruhije salue la mise en place par le gouvernement burundais d’un projet national de protection des enfants, ayant favorisé la création de comités de protection de l’enfant au niveau des collines. Il estime toutefois que des efforts restent à fournir dans le domaine des droits de l’enfant. Il souligne que le Burundi dispose de textes juridiques et de stratégies clairs en matière de protection de l’enfant, mais que leur mise en œuvre reste insuffisante.

Il appelle ainsi à une application effective des lois et stratégies élaborées pour protéger les droits de l’enfant. Selon lui, malgré les avancées enregistrées par le Burundi dans ce domaine, des cas de violences à l’égard des enfants continuent d’être observés, d’où la nécessité de poursuivre les efforts de protection.

D’après M. Simbaruhije, les lois et stratégies relatives aux droits de l’enfant restent peu connues et dispersées dans différents textes, notamment le Code pénal, le Code civil et le Code du travail, ce qui rend leur mise en œuvre difficile.

Il rassure toutefois qu’un Code de l’enfance est en cours d’élaboration, un projet qui existe depuis plus de dix ans. Il estime que sa mise en place contribuera significativement au renforcement de la protection des droits de l’enfant. Pour le respect des droits de l’enfant, Ferdinand Simbaruhije formule quelques recommandations.

Aux parents et tuteurs qui maltraitent les enfants, il appelle à changer de comportement. Il rappelle que l’éducation d’un enfant est une responsabilité qui doit être exercée avec prudence, car la maltraitance peut nuire à son développement et compromettre son avenir.

Aux familles adoptives, M. Simbaruhije recommande de n’adopter un enfant que lorsqu’elles en ont réellement les moyens et le désir sincère de l’accueillir. Il les appelle à considérer l’enfant adopté comme leur propre enfant, en assumant pleinement leur rôle de parents, et à lui témoigner amour et affection. Il appelle également les adultes témoins de maltraitance d’enfants à agir au lieu de rester silencieux.

Selon lui, ils doivent signaler les auteurs aux autorités compétentes afin de protéger et de venir en aide aux enfants victimes. Aux autorités chargées de l’élaboration des lois relatives à la protection de l’enfant, M. Simbaruhije rappelle que ces textes constituent des orientations importantes dans ce domaine.

Il appelle à leur diffusion auprès de la population, soulignant que leur mise en œuvre nécessite les efforts de tous les acteurs, ainsi que du temps, des idées et des moyens. Selon lui, une fois ces outils disponibles, ils doivent être portés à la connaissance de tous, afin que chacun sache comment contribuer à la protection de l’enfant.

M. Simbaruhije déplore enfin que certains auteurs de violences envers les enfants cherchent parfois à régler leurs actes à l’amiable avec les autorités chargées de les sanctionner. Il appelle ces autorités à appliquer les sanctions prévues par la loi, estimant que l’impunité risque d’encourager la persistance des violences.