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La CVR entend approfondir les enquêtes sur les massacres de 1972 et les conflits fonciers

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Oct 29, 2026
Le président de la CVR, Pierre Claver Ndayicariye (avec micro)

GITEGA, 15 oct (ABP) – La Commission vérité et réconciliation (CVR) du Burundi entend poursuivre et approfondir les enquêtes sur les violations graves des droits humains commises lors des crises du passé, notamment les massacres de 1972, les fosses communes et les conflits fonciers liés aux biens spoliés entre 1885 et 2008. Cette annonce a été faite le jeudi 15 octobre 2026 par l’ambassadeur Pierre Claver Ndayicariye, président de la CVR, lors d’une conférence de presse consacrée aux réalisations et aux perspectives d’avenir de cette institution, a appris l’ABP sur place.

Dans son discours, M. Ndayicariye a indiqué que les investigations menées par cette commission visent à établir la vérité sur les événements tragiques qui ont marqué l’histoire du Burundi, notamment les massacres, les assassinats, les disparitions forcées, les exécutions extrajudiciaires et d’autres violations graves des droits humains.

Selon lui, ces enquêtes s’appuient sur les témoignages des victimes et des témoins, les auditions, les recherches historiques, l’exploitation des archives disponibles ainsi que la confrontation des informations recueillies sur le terrain.

L’ambassadeur Ndayicariye a souligné que ce travail exige de la rigueur, de l’impartialité, de la patience et le respect de la dignité humaine, afin que les conclusions de la CVR reposent sur des faits établis et des éléments vérifiables.

Concernant les massacres de 1972, le président de la CVR a indiqué qu’on a mené des investigations approfondies à travers des auditions, la collecte de témoignages, l’exploitation de documents et la reconstitution des faits. Ces travaux, selon lui, ont permis de mieux documenter les violences, leurs circonstances, les catégories de victimes concernées ainsi que les conséquences de cette tragédie sur la société burundaise.

Vue partielle des participants

A ce sujet, le vice-président de la CVR, Mgr Aimé Désiré Kimararungu, a souligné que les violences de 1972 étaient les plus atroces parmi celles examinées par la commission, justifiant ainsi des enquêtes approfondies. Il a précisé que la CVR ne cherche pas à punir, mais à établir la vérité.

L’ambassadeur Ndayicariye a rappelé que les conclusions relatives au génocide commis contre les Hutu du Burundi en 1972 ont été présentées devant le parlement réuni en congrès.

Le rapport définitif sur ce dossier a également été présenté au parlement réuni en congrès le 16 juin 2026.

Les journalistes ont voulu savoir pourquoi ce document n’est pas encore signé par les hautes autorités du pays. M. Ndayicariye a répondu que le Burundi avance progressivement dans la prise de décisions sensibles, notamment celles susceptibles de diviser la population.

Au-delà de l’établissement des faits, a-t-il précisé, la CVR poursuit les travaux d’identification des fosses communes, de vérification des sites signalés et d’exhumation des restes humains. Ces opérations visent notamment à éclaircir les circonstances des décès et à permettre aux familles concernées de retrouver des repères et de rendre dignement hommage à leurs proches. Il a également rappelé que les conflits fonciers et les autres biens spoliés constituent un autre volet important des activités de la commission. Les dossiers concernés portent notamment sur des terres, des maisons, des véhicules, des comptes bancaires et d’autres biens mobiliers et immobiliers perdus à la suite des crises qu’a connues le Burundi.

Ndayicariye a fait savoir que le traitement de ces dossiers comprend l’audition des plaignants, des personnes mises en cause et des témoins, l’examen des documents disponibles, la vérification des titres de propriété ainsi que, lorsque cela s’avère nécessaire, des descentes sur les lieux concernés. A cet égard, le président de la CVR a appelé à la prudence face aux fausses déclarations, aux faux documents et aux témoignages de complaisance. Il a insisté sur la nécessité de fonder les décisions sur des informations sincères et vérifiables, afin d’éviter les manipulations et l’instrumentalisation des souffrances du passé.

« Lorsque les circonstances le permettent, le dialogue et les arrangements à l’amiable peuvent contribuer à résoudre certains différends. Toutefois, en l’absence d’accord, la commission examine les dossiers et prend les décisions relevant de ses compétences, conformément aux dispositions légales en vigueur », a indiqué le président de la CVR. Il a également signalé que la sensibilisation de la population à la réconciliation figure également parmi les priorités de la CVR. C’est pour cette raison, selon lui, que la CVR entend renforcer les activités d’information auprès des autorités administratives, des responsables religieux, des représentants des différentes composantes de la société, des associations et des communautés locales. L’objectif, selon toujours lui, est d’amener les citoyens à regarder le passé avec lucidité, à reconnaître les faits établis, à restaurer la dignité des victimes et à reconstruire des relations sociales apaisées.

Pour le président de la CVR, la réconciliation doit contribuer au rapprochement entre les Burundais plutôt qu’à raviver les divisions.

Pour les perspectives d’avenir, a indiqué M. Ndayicariye, la CVR prévoit d’approfondir les recherches sur les crises qui ont marqué l’histoire du Burundi, notamment les massacres de Ntega et de Marangara, dont les travaux préparatoires ont déjà commencé, ainsi que les autres crises survenues en 1991, en 1993 et la guerre civile qui a suivi.

La commission entend également poursuivre les enquêtes sur les litiges relatifs aux terres et aux autres biens spoliés durant les crises du passé, afin d’établir les circonstances des spoliations et de contribuer à la résolution des conflits relevant de sa compétence.

S’adressant aux professionnels des médias, l’ambassadeur Ndayicariye les a invités à être des partenaires engagés dans la diffusion d’une information juste, équilibrée et constructive. Il a estimé que les médias peuvent contribuer à faire de la vérité un fondement de la confiance, de la mémoire un instrument de réconciliation et de la responsabilité un engagement envers les générations présentes et futures. « La vérité est une exigence. La mémoire est un devoir. La réconciliation est une responsabilité partagée », a déclaré le président de la CVR, réaffirmant l’engagement de la Commission Vérité et Réconciliation à poursuivre sa mission au service de la vérité et de la réconciliation au Burundi.

Concernant les réparations aux victimes, il a indiqué qu’elles passent d’abord par la révélation de la vérité, l’écoute des victimes et leur réhabilitation morale, notamment pour effacer les stigmates transmis à leurs descendants.