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Plus on produit beaucoup à l’intérieur, plus on peut exporter davantage

ByAdministrateur

Sep 28, 2022

BUJUMBURA, 24 sept (ABP) – Les pays arabes et africains devraient diversifier leurs chaînes d’approvisionnement pour  les produits de première nécessité en privilégiant une agriculture vivrière pour diminuer le degré de dépendance vis-à-vis de l’extérieur, a recommandé le professeur Léonidas Ndayizeye le mardi 20 septembre 2022 aux gouvernements arabo-africains, à travers sa présentation sur les conséquences de la pandémie de Covid-19 et de la guerre russo-ukrainienne sur les économies arabo-africaines. C’était lors de la clôture des activités de la 9ème réunion de concertation de l’Association des Sénats, Shoura et Conseils équivalents d’Afrique et du monde arabe (ASSECAA) tenue au Burundi du 19 au 20 septembre 2022 avec comme objectif d’échanger sur les effets de la pandémie de Covid-19 et de la guerre russo-ukrainienne.

                                                                                              vue partielle des participants

Quant aux effets de la pandémie de Covid-19 sur les économies africaines, l’économiste Ndayizeye a donné l’exemple du Burundi où les exportations ont diminué de 68,9% au second trimestre de 2020 par rapport à la même période de 2019, passant de 99114,2 millions de FBu à 30827,7 millions de BIF. Il a signalé qu’au cours de la même période, les importations ont augmenté de 13,1%, passant de 368945,4 millions de FBu en 2019 à 416746,6 millions de FBu en 2020. « Avec cette situation, notre balance commerciale, qui était déjà déficitaire, devient de plus en plus déficitaire, et cela cause beaucoup d’ennuis aux recettes publiques et entraîne un déséquilibre du budget de l’Etat. C’est pourquoi les pouvoirs publics des pays en voie de développement ont eu beaucoup de difficultés à pouvoir manager les budgets publics qui sont devenus très déficitaires », a souligné M. Ndayizeye. Il a, par ailleurs, signalé que pour le Burundi, il y a une volonté manifeste des pouvoirs publics d’encourager le secteur privé. Il a souligné que d’ici quelques années, le Burundi aura une économie plus ou moins diversifiée, ce qui aura effectivement un impact positif sur la balance commerciale parce que, a-t-il expliqué, l’on va exporter plus qu’aujourd’hui et probablement diminuer les importations car, a-t-il poursuivi, l’on aura des produits qui sont fabriqués localement.

Pour ce faire, M. Ndayizeye a indiqué qu’il suffit de libéraliser le marché sur tous les produits de nécessite fabriqués au Burundi, tels que le ciment, les habits, le savon et bien d’autres. « Plus l’on produit beaucoup à l’intérieur, plus l’on peut exporter davantage avec une conséquence positive d’améliorer la balance commerciale du pays et bien évidemment d’apporter plus de devises dont on a besoin », a-t-il fait remarquer.

Etant donné que la baisse de l’activité économique mondiale a fait chuter la demande de biens et services africains, en particulier celle des produits de base dont dépend le continent, les recettes publiques et les réserves internationales des pays africains ont diminué, ce qui a affecté leur performance budgétaire et le potentiel de viabilité de leur dette, a indiqué le professeur Ndayizeye.

De façon globale, M. Ndayizeye a signalé que la Covid-19 a entraîné une baisse des flux d’investissements en provenance des pays émergent et développés, provoquant ainsi une baisse des réserves en devises susceptibles d’entraîner une dépréciation de la monnaie pouvant à son tour provoquer des pressions inflationnistes dans les économies africaines. Cette pandémie a également entraîné la baisse d’assiduité au travail et, dans certains cas, l’arrêt total de nombreuses activités économiques, ainsi que la baisse de la consommation et donc de la croissance économique, a-t-il ajouté.

Parlant du monde arabe face à la pandémie de Covid-19, l’économiste Ndayizeye a signalé que le rapport arabe sur le développement humain (PNUD 2022) indique qu’au cours de la première année de la pandémie, les importants déficits budgétaires existant se sont creusés davantage dans toute la région. Il a précisé qu’en 2020, le déficit global moyen s’est creusé de 7% pour atteindre 9,2% du Produit intérieur brut (PIB), tandis qu’en 2021, le déficit budgétaire moyen de la région s’est réduit à 2,3%, un déficit qui, pour le Fonds monétaire international (FMI), devrait se transformer en un excédent de 4,1% du PIB en 2022. Aussi, a-t-il poursuivi, la région affichait en 2021 le taux de chômage des jeunes (15-24 ans) le plus élevé au monde, soit 28,6%, une forte hausse par rapport aux 25,3% de 2019. Le taux de chômage des jeunes femmes était également le plus élevé au monde et plus du double à celui des jeunes hommes, atteignant 49,1% en 2021 contre 44,7% en 2019 (contre 23,8% chez les jeunes hommes en 2021 et 20,8% en 2019).

Selon cet économiste-chercheur, la crise alimentaire et énergétique provoquée par la guerre russo-ukrainienne peut entraîner dans les pays moins avancés une baisse du pouvoir d’achat, une diminution de la croissance et une augmentation de la pauvreté.

En ce qui concerne l’agriculture africaine, l’impact de la guerre se répercutera à court-terme sur la filière mondiale des prix des produits agricoles. « Un pays africain sur deux importe plus d’un tiers de son blé de la Russie, tandis que les pays moins avancés comme le Bénin et la Somalie achètent plus de 90% de leur blé en Russie et en Ukraine », a révélé M. Ndayizeye tout en soulignant que la crise provoquée par le conflit russo-ukrainien impacte durement et négativement le marché mondial du blé étant donné l’importance des exportations provenant des deux pays en conflit.