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La fistule obstétricale, une pathologie dangereuse mais traitable et guérissable

ByAdministrateur

Nov 17, 2023

BUJUMBURA, 15 nov (ABP) – « La fistule obstétricale est une maladie dangereuse mais évitable, traitable et guérissable », a confirmé Dr Éric Ndihokubwayo, directeur de l’hôpital régional de Gitega, où se trouve le Centre Urumuri qui est un centre de prise en charge des femmes souffrant des fistules obstétricales, lors d’une interview qu’il a accordée à l’Agence Burundaise de Presse (ABP), mardi le 7 novembre 2023 à Gitega.

Dans son entretien avec l’ABP, Dr Éric Ndihokubwayo a rappelé que la fistule obstétricale est une lésion qui entraîne une communication anormale entre le vagin et la vessie ou entre la vessie et le rectum.

Cette maladie survient à la suite d’un accouchement long et difficile, en l’absence d’un personnel de santé qualifié et des soins obstétricaux d’urgence comme la césarienne.

Dans ce cas, la  malade assiste à une fuite permanente des urines et/ou des matières fécales.

Dr Ndihokubwayo a signalé d’autres facteurs de risque comme les grossesses précoces chez les adolescentes de moins de 18 ans expliquant que chez ces dernières, la grossesse et l’accouchement sont particulièrement dangereux parce que la région pelvienne n’a pas encore atteint son développement complet. La maternité précoce aggrave encore le risque de complications entraînant des niveaux élevés des cas de fistule obstétricale et d’autres morbidités maternelles, a-t-il ajouté.

Pour les conséquences, il a indiqué que la fistule obstétricale non traitée provoque une incontinence urinaire chronique et peut entraîner divers troubles physiques, infections fréquentes, maladie rénale, blessures, infertilité, blessures douloureuses et peut même conduire à la mort.

Le directeur de l’hôpital régional de Gitega a aussi souligné que la plupart des fistuleuses accouchent des mort-nés. En plus, elles subissent une stigmatisation sociale parce qu’elles se retrouvent abandonnées par leurs maris, leurs familles et leurs communautés.

Il a profité de cette occasion pour interpeller toutes les femmes, à se diriger directement au Centre Urumuri de Gitega, quand elles constatent les premiers signes de cette maladie, pour être traitées dans les meilleurs délais, tout en précisant que toute patiente de la fistule obstétricale bénéficie une prise en charge totale.

                                        Mme Bénigne Niyubahwe

Dr Ndihokubwayo a en outre demandé aux femmes enceintes de faire des consultations prénatales dès le premier trimestre de la grossesse et d’accoucher dans des structures sanitaires. Il a aussi demandé le personnel des formations sanitaires, surtout les sages-femmes d’apprécier à temps si la femme va subir un accouchement par césarienne et de le transférer directement vers les hôpitaux. Les responsables des structures sanitaires sont aussi exhortés à doubler d’efforts en collaborant avec les agents de santé communautaire et l’administration, pour sensibiliser les communautés locales et voir s’il y a des femmes qui souffrent de cette maladie pour leur informer que c’est traitable et guérissable.

 

Il a aussi demandé aux maris des femmes fistuleuses de ne pas isoler ces femmes, mais plutôt de les soutenir, les conduire au Centre Urumuri, au lieu de prendre d’autres femmes, faisant remarquer qu’après avoir été guérie, la femme reprend l’activité sexuelle à la normale et peut mettre au monde aussi des enfants mais par césarienne pour éviter que la fistule obstétricale revienne.

Le directeur de l’hôpital régional de Gitega a fait savoir que depuis la création du Centre Urumuri en 2010, 3366 femmes ont été opérées et guéries.

S’agissant des défis de ce Centre, il a cité les moyens financiers pour la prise en charge totale des  femmes fistuleuses comme ce centre est unique au Burundi, le manque des spécialistes en matière de fistule obstétricale et des équipements modernes pour bien servir les patientes comme dans d’autres pays. Il a demandé aux partenaires d’être toujours à leur côté.

Mme Bénigne Niyubahwe, qui assure le rôle psycho-social au Centre Urumuri de Gitega a témoigné que la majorité des femmes fistuleuses qui parviennent d’y arriver, sont des femmes pauvres, vivant dans les milieux les plus reculés du pays, incapables de s’acheter même un savon, et qui ont perdu l’espoir d’être traitées et guéries.

À cause de la stigmatisation sociale qu’elles ont subie, a-t-elle précisé, certaines affichent un état de désespoir, du traumatisme psychique, de dépression et de honte. Pour leur prise en charge psychosociale, « nous les écoutons et nous les tranquillisons pour leur faire revenir le goût de la vie. En plus nous leur offrons tous ce dont elles ont besoin notamment les serviettes hygiéniques, la nourriture et les pagnes. Après, nous leur montrons celles qui sont déjà guéries de cette pathologie pour leur faire des témoignages afin qu’elles aient,  elles aussi, l’espoir d’être guéries après leur traitement », a signalé Mme Niyubahwe.

Mme FB (appelée ainsi pour garder son anonymat), de la colline Bwome, en commune Nyabitsinda de la province Ruyigi âgée de 32 ans, hospitalisée au Centre Urumuri de Gitega, a  témoigné : « c’est lors de l’accouchement par voie normale de mon cinquième enfant que j’ai présenté une fistule obstétricale et j’ai commencé à voir les premiers signes dont l’écoulement permanent d’urine ». Elle a ajouté : « La maladie n’est pas beaucoup connue par les communautés parce que certains me disent que c’est de la sorcellerie, qu’on m’a empoisonné de l’eau (Bakuroze amazi) et tu dois faire recours au sorcier pour te donner des médicaments. J’ai resté dans la chambre avec mon bébé, mon mari est allé coucher dans une autre chambre. Je ne me rendais ni à l’église pour prier ni au marché, ni dans les coopératives ou d’autres associations d’auto-développement, à cause des écoulements permanents des urines, je ne pouvais pas me contrôler, c’est une maladie humiliante et j’ai préféré rester à la maison. Ce n’est que par après que les professionnels de santé du centre de santé Kinyinya m’ont dit que c’est la fistule obstétricale et que je dois me rendre au Centre Urumuri de Gitega pour être traitée. Après avoir arrivé au Centre Urumuri, j’ai reçu un accueil chaleureux et j’ai déjà subi une intervention chirurgicale, je me remets peu à peu de cette pathologie qui m’avait mis à l’écart de la société. »

Elle a profité de cette occasion pour remercier toute l’équipe du Centre Urumuri et a invité les femmes à rejoindre ce centre, dès l’apparition des premiers signes au lieu de penser à la sorcellerie.

Mme Donatienne Nduwayo, représentante des agents de santé communautaire au centre de santé Sumo de la colline Rubaragaza, commune Butezi de la province Ruyigi, lors de l’entretien avec l’ABP samedi le 11 novembre 2023, a affirmé que la fistule obstétricale et les grossesses précoces sont une réalité dans cette localité. Elle a indiqué que les agents de santé communautaire travaillent en collaboration avec les structures sanitaires et l’administration locale pour transmettre des messages, lors des séances de sensibilisation sur la fistule obstétricale qui sont organisées à l’endroit de la population. C’est là que les femmes fistuleuses profitent de l’occasion pour signaler avoir des signes de fistule obstétricale. Elles sont immédiatement invitées à aller au Centre Urumuri de Gitega pour être traitées, tout en leur expliquant que ce n’est plus de la sorcellerie.

Mme Nduwayo a affirmé que les agents de santé communautaire sont déjà informés que la fistule obstétricale est une maladie qui est évitable, traitable et curable.

Les femmes enceintes sont sensibilisées à faire des consultations prénatales et aller accoucher dans les formations sanitaires parce qu’il y a encore des cas d’accouchement à la maison même s’ils sont peu nombreux.

Elle a insisté sur le fait de renforcer les sensibilisations sur les  grossesses précoces ou les mariages précoces chez les adolescentes expliquant que ce fléau se manifeste à un taux qu’elle juge élevé. Elle a demandé au ministère de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida et à ses partenaires, d’organiser encore des séances de renforcement de capacités à l’endroit des agents de santé communautaires en matière de fistule obstétricale et d’augmenter les centres de prise en charge de cette pathologie, expliquant que ce n’est pas facile pour les fistuleuses pauvres d’arriver à Gitega en provenance du coin placé loin de ce centre.

D’après l’OMS, pour prévenir la fistule obstétricale, il suffit de repousser l’âge de la première grossesse, de mettre fin aux pratiques préjudiciables et de faciliter l’accès aux soins obstétricaux.

De son côté, le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) dirige la campagne mondiale pour l’élimination de la fistule d’ici 2030, qui vise à transformer la vie des femmes et des filles vulnérables. Cette campagne représente un engagement mondial en faveur de la prévention, d’un traitement global comprenant la réparation chirurgicale, la réinsertion sociale et la réadaptation.