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Le professionnalisme journalistique au service de la prévention et de la résolution pacifique des conflits électoraux

ByAdministrateur

Jan 29, 2026
L’ancien chef de l’Etat, M. Sylvestre Ntibantunganya

BUJUMBURA, 12 avr (ABP) – Le respect des principes journalistiques fondamentaux peut jouer un rôle clé dans la prévention et la résolution des conflits électoraux. Les médias ont la responsabilité de bien maîtriser les lois électorales et de les relayer afin d’éclairer tous les acteurs électoraux sur ce qui leur est permis ou interdit. Les journalistes, quant à eux, sont appelés à exercer leur métier dans le strict respect de l’éthique, de la déontologie professionnelle, ainsi que des règles de conduite définies par le Conseil national de la communication (CNC). Tels sont les propos de l’ancien chef de l’Etat, Sylvestre Ntibantunganya, lors d’une interview accordée à l’ABP, le mercredi 25 mars 2025, à Bujumbura.

L’ancien chef de l’Etat a d’abord rappelé que les contentieux électoraux peuvent découler du comportement des organes chargés d’organiser et de superviser les élections. Selon lui, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) doit veiller à ce que les élections soient menées de manière indépendante et transparente, afin de garantir la liberté d’action de tous les participants au processus électoral. Lorsque ce principe n’est pas respecté, des conflits peuvent surgir, soit pendant la période électorale, soit lors de la gestion des résultats issus des élections.

Du côté des professionnels des médias, M. Ntibantunganya recommande qu’en période électorale, les médias s’abstiennent de diffuser des discours de haine, de déshumanisation ou d’incitation à la violence tenus par les leaders politiques. Il les invite également à garantir un accès équitable à tous les acteurs engagés dans le processus électoral, afin d’éviter d’être perçus comme partisans ou sympathisants, ce qui pourrait compromettre le bon déroulement et la sérénité des élections.

Il a cité en exemple la Radiotélévision nationale du Burundi (RTNB), qui doit offrir à toutes les forces engagées dans la compétition électorale l’opportunité de s’exprimer et de présenter leurs programmes ou projets de société. Il a aussi insisté sur le fait que la couverture des meetings électoraux doit se faire de manière équitable par l’ensemble des médias, télévisions, radios, presse écrite et presse en ligne, opérant sur le territoire national.

Ntibantunganya n’a pas manqué de souligner que si les journalistes ne restent pas neutres, s’ils ont recours à des montages, favorisent certains candidats et en excluent d’autres, cela peut nuire au bon déroulement des élections et compromettre la cohésion sociale. Il a également indiqué que les professionnels des médias doivent faire preuve de vigilance dans leur manière de couvrir le jour du scrutin et la publication des résultats, afin d’éviter des accusations de fraude électorale à l’encontre du parti vainqueur, ce qui pourrait entraîner des contestations de la part des perdants.

Il a insisté sur le fait que la synergie des médias devrait éviter de diffuser, en direct et de manière dispersée, les résultats provenant de différents bureaux de vote. Selon lui, la proclamation prématurée de victoires peut compliquer la gestion des résultats officiels.

« Quelqu’un pourrait entendre que tel parti a gagné dans une localité, et croire à tort qu’il a remporté l’élection à l’échelle nationale, ce qui risque d’alimenter la contestation des résultats par certains acteurs impliqués dans le processus », a-t-il souligné. A ce propos, il a donné l’exemple de l’élection de 1993, où certains médias annonçaient que Pierre Buyoya allait gagner avec 80 % des voix, ce qui a créé des attentes irréalistes.

Pour cette raison, a-t-il recommandé, les médias doivent s’abstenir de toute annonce précipitée et attendre la publication officielle des résultats par la CENI. Il a également souligné que, le jour du vote, les journalistes devraient porter une attention particulière au taux de participation des citoyens.

Selon toujours l’ancien président, les professionnels des médias ont un rôle crucial à jouer dans l’éducation des leaders politiques. En effet, les élections sont parfois compliquées par les comportements des leaders, souvent influencés par des intérêts personnels. Les dirigeants politiques doivent comprendre que les élections ne doivent pas être perçues comme une occasion de satisfaire un besoin d’emploi ou d’obtenir une rémunération plus élevée, mais comme un moyen de défendre l’intérêt général au sein des institutions de l’Etat.

Il cite en exemple les chefs de colline, les administrateurs communaux, les parlementaires, et d’autres responsables. En adoptant cette approche, ils éviteront de conduire la population à des actes répréhensibles. Les acteurs politiques doivent aussi apprendre à se comporter avec dignité après la proclamation des résultats. Il évoque des figures emblématiques comme le Prince Louis Rwagasore et Melchior Ndadaye, qui doivent servir de modèles. Rwagasore disait « ce n’est pas l’UPRONA qui a gagné,   c’est le Burundi qui a gagné». Pour Ntibantunganya, les gagnants des élections doivent être au service de l’ensemble des Burundais, tandis que les perdants doivent accepter leur défaite avec respect.

Pour l’abbé Désiré Yamuremye, sociologue de formation et analyste des faits politiques, son point de vue rejoint celui de Sylvestre Ntibantunganya. Afin de prévenir ou de gérer les conflits électoraux de manière non violente, les médias doivent relativiser ces conflits en se basant sur le code électoral et la loi sur les partis.

Selon lui, les journalistes ont la responsabilité de véhiculer des messages constructifs, plutôt que de dramatiser le processus électoral ou les divers conflits qui peuvent en découler. Les médias doivent également jouer un rôle dans l’éducation des acteurs en compétition électorale, en les encourageant à changer de mentalité. Ils doivent comprendre que gagner une élection ne doit pas être perçu comme une opportunité de s’enrichir personnellement, mais comme un moyen de contribuer au développement durable du pays.

Pour Kagohe Jean Paul, coordonnateur des projets au Réseau des organisations des jeunes en action pour la paix, la réconciliation et le développement (REJA), la jeunesse est parfois utilisée dans certains conflits électoraux. Selon lui, la jeunesse représente une force si elle est bien exploitée, mais constitue une menace lorsqu’elle est mal dirigée. Les médias ont un rôle important à jouer en sensibilisant les jeunes sur les lois électorales, afin qu’ils sachent ce qui est permis et ce qui ne l’est pas.

Il souligne que les jeunes doivent également comprendre ce que c’est la démocratie et leur part de responsabilité dans le processus électoral, afin d’agir de manière éclairée pour une gestion saine des élections. Pendant les campagnes électorales, les médias doivent encourager les jeunes militants des différents partis politiques à éviter les chamailleries et éviter des manipulations des opinions politiques. Ils doivent également être incités à choisir des programmes qui favorisent leur développement et contribuent à la réussite de la Vision du Burundi pays émergent 2040 et développé en 2060.

Les leaders politiques, de leur côté, doivent éviter d’instrumentaliser les jeunes, tout comme de les aligner sur les listes en exploitant leur présence de manière opportuniste, notamment pour les femmes et les jeunes, a-t-il ajouté.

Nshimirimana Cécile, présidente du parti FLORINA, estime que les médias ont la responsabilité d’éduquer les leaders politiques au respect des procédures électorales, en favorisant le respect mutuel et la tolérance. Elle cite l’exemple des violences physiques qui peuvent éclater entre les partisans des différents partis, que ce soit pendant les meetings ou le jour du vote. Selon elle, les médias doivent éviter de diffuser des images de manifestations violentes après les élections.

Félicien Nduwuburundi, président du Forum Permanent de dialogue des partis politiques agréés au Burundi (FDP), a souligné que les conflits électoraux sont souvent alimentés par plusieurs facteurs, tels que le verrouillage de l’espace politique par ceux qui détiennent le pouvoir, le non-respect du code électoral par les responsables des structures électorales, la proclamation erronée et prématurée des résultats par des organes non habilités, ainsi que le non-accès de certains partis politiques aux médias publics, entre autres. Pour éviter d’amplifier ces conflits, a-t-il précisé, les médias doivent impérativement garder leur neutralité axiologique.

Nduwuburundi a cité l’exemple d’un conflit lié au verrouillage de l’espace politique, où les administrateurs à la base peuvent refuser à certains partis politiques l’accès à leurs militants, bien que cela soit permis par le code électoral. Dans ce cas, le rôle du média local est de relater les faits tels qu’ils se présentent, plutôt que de déformer la réalité.

Il a également mentionné qu’au sein du forum, des séances de renforcement des capacités sont organisées pour les leaders des partis politiques, les ligues des femmes et des jeunes, ainsi que pour les administratifs, afin de prévenir les conflits électoraux qui peuvent surgir pendant la période électorale.

La présidente du CNC

La présidente du CNC, Amb. Espérance Ndayizeye, insiste également sur le respect des lois de la part des journalistes et de tous les acteurs électoraux. Elle a précisé que, dans la plupart des cas, les conflits électoraux naissent de violations des lois. Selon elle, les médias doivent travailler de manière professionnelle pour éviter de devenir une source de conflits électoraux ou d’être accusés de les avoir amplifiés. En présence d’un conflit électoral, les journalistes doivent maintenir leur impartialité, a-t-elle précisé.