GITEGA, 13 mai (ABP) – Les responsables des confessions religieuses et des Églises sont appelés à contribuer à la réduction des conflits dans le pays. Ces sont les propos du secrétaire de la Commission Vérité et Réconciliation Mme Léa Nzigamasabo, lors de la clôture d’un atelier de deux jours mardi le 12 mai 2026.
Cette activité avait été organisée à l’intention des dirigeants de l’Église adventiste du septième jour, afin de réfléchir ensemble avec la CVR sur la contribution de cette confession religieuse au processus de réconciliation des Burundais.
D’après Mme Nzigamasabo, il est regrettable de constater que des chrétiens qui prient ensemble entretiennent des conflits entre eux ou avec l’Église et refusent de se réconcilier jusqu’à porter leurs différends devant la CVR, alors qu’ils sont croyants
La commissaire de la Commission Vérité et Réconciliation, a indiqué qu’elle espère que les responsables adventistes aideront désormais à résoudre les conflits opposant leurs fidèles et que seules les affaires dépassant leurs capacités seront transmises à la CVR.
Les participants dans cet atelier ont eu l’opportunité de poser diverses questions notamment celles relatives à la nouvelle mission confiée à la CVR concernant les terres et autres biens spoliés durant les périodes difficiles qu’a traversées le Burundi.

Les participants ont voulu savoir si les biens seront restitués avec une plus-value. Répondant à cette question, le président de la Commission Vérité et Réconciliation, Pierre Claver Ndayicariye, a affirmé qu’il n’est pas possible de restituer les biens spoliés avec les bénéfices ou l’augmentation de leur valeur. Il a précisé que la mission de la CVR n’est pas de restituer intégralement les biens perdus, mais d’aider les victimes à récupérer au moins de quoi survivre dignement.
Concernant les fonds retirés des comptes bancaires, le vice-président de la Commission Vérité et Réconciliation, Monseigneur Aimé Joseph Kimararungu, a indiqué que ce dossier n’a pas encore été traité par la commission, mais que des concertations seront organisées en temps opportun afin de déterminer les mesures à prendre quant à leur valeur.
S’agissant des biens spoliés par des autorités administratives ou par l’État, Léa Nzigamasabo a rappelé que la CVR examine tous les cas de spoliation survenus durant la période déterminée par la loi régissant la CVR. Elle a expliqué que certains biens ont été pris par des particuliers tandis que d’autres ont été saisis par l’État, parfois avec des documents officiels attestant la confiscation de maisons, de parcelles ou de véhicules, certains ayant même été revendus.
Dans ces cas, la Commission Vérité et Réconciliation, selon Nzigamasabo, considère que l’État a attribué ou vendu des biens qui ne lui appartenaient pas. Mme Nzigamasabo a toutefois précisé que lorsque les biens spoliés ont été utilisés pour l’intérêt général, l’État procède à une indemnisation, puisqu’il n’est pas toujours possible de restituer un bien équivalent à celui qui a été perdu. Elle a également rappelé que la CVR traite aussi les cas de terres de l’État spoliées afin qu’elles soient restituées.
Les responsables de l’Église adventiste du septième jour ont également demandé des éclaircissements sur les actions en cours pour permettre à la Commission Vérité et Réconciliation de conserver correctement les restes des victimes des violences cycliques qu’a connues le Burundi et éviter leur détérioration ou leur dispersion.
À ce sujet, Monseigneur Aimé Joseph Kimararungu a fait savoir que l’État a récemment octroyé un terrain à Karusi où sera construit un centre de conservation de ces restes humains. Il a précisé qu’il reste à mobiliser les moyens nécessaires pour aménager convenablement ce site.
Il a également souligné que la CVR n’a aucune intention de commercialiser ou de tirer profit de ces restes humains, estimant qu’une telle pratique constituerait une profanation. Selon lui, dans l’histoire du Burundi, personne n’a jamais exploité financièrement des dépouilles humaines.
Monseigneur Aimé Joseph Kimararungu a demandé aux responsables religieux de transmettre les enseignements reçus aux fidèles qu’ils encadrent afin que tous les Burundais soutiennent les activités de la CVR pour parvenir à une véritable réconciliation.
Concernant les critiques adressées à la CVR, il a indiqué qu’il est normal que certaines personnes contestent le travail de la commission. Selon lui, certains ne souhaitent pas que les vérités du passé soient révélées pour diverses raisons, notamment leur implication dans les événements du passé, des motivations politiques ou encore la méconnaissance du rôle réel de la CVR.
Il a enfin annoncé que des rencontres similaires seront également organisées avec les responsables d’autres confessions religieuses.

