MUKAZA, 7 juillet (ABP) – La capitaine de l’équipe nationale féminine senior du Burundi, Peace Olga Niyomwungere surnomée « Black Ninja » , est aujourd’hui l’une des figures emblématiques du football féminin burundais. Son ascension remarquable, portée par la persévérance, le travail et l’ambition, fait d’elle une source d’inspiration pour de nombreuses jeunes filles qui rêvent d’une carrière dans le football, a appris l’ABP jeudi 7 juillet 2026, au cours d’une interview qu’elle a accordée à l’agence.
Son histoire avec le ballon commence comme celle de nombreux jeunes Burundais, dans les rues de Bujumbura. Fille unique d’une fratrie de cinq enfants, dont quatre garçons, Mlle Niyomwungere découvre très tôt son talent de footballeuse, un choix qui n’a pas toujours été facile à faire accepter par son entourage.
Alors qu’elle fréquente le lycée municipal de Kanyosha, elle participe aux jeux olympiques scolaires organisés à Bujumbura dans des compétitions mixtes réunissant garçons et filles. C’est à cette occasion que son talent commence à attirer l’attention.
Sa participation aux jeux olympiques au Rwanda constitue un tournant dans sa vie. Après avoir remporté une récompense financière lors de cette compétition, elle comprend que le football peut devenir plus qu’une simple passion, mais aussi un métier capable de lui permettre de subvenir à ses besoins. Ses performances lui ouvrent les portes de La Colombe FC, une équipe qui lui a offert ses premiers pas dans le football professionnel.
D’après ce milieu de terrain, le chemin n’a pas été sans obstacles. Pour obtenir l’autorisation de participer aux compétitions, Niyomwungere a dû faire face aux inquiétudes de ses parents qui craignaient pour son avenir et sa sécurité. Elle raconte même avoir dû leur cacher, au départ, qu’elle jouait au football, en leur faisant croire qu’elle pratiquait le basketball.
Lorsque sa famille découvre la vérité, elle est contrainte d’interrompre le football pendant une année. Ses proches redoutaient notamment que cette discipline ne change son comportement ou ne la fasse « ressembler aux hommes ». Grâce au soutien de son frère Khaled, qui intervient auprès de la famille, elle reprend progressivement la pratique du football. Sa famille, toujours soucieuse de sa sécurité, commencent ensuite à l’accompagner et à suivre son évolution.
A La Colombe FC, son talent se confirme rapidement. Après seulement trois mois en troisième division, elle est promue en première division, où elle évolue aux côtés de joueuses expérimentées, dont plusieurs poursuivent aujourd’hui leur carrière à l’étranger. Cette expérience renforce sa détermination à progresser. Elle dispute son premier championnat de première division en 2017.
La même année, malgré son jeune âge et son petit gabarit, elle est convoquée pour la première fois en équipe nationale féminine du Burundi. Elle explique que certains observateurs doutaient de ses capacités physiques, mais que son talent et sa détermination ont fini par convaincre les sélectionneurs. Par la suite, elle rejoint les sélections U17 et U20, où elle occupe également le poste de vice-capitaine.
En 2019, Mlle Niyomwungere participe à plusieurs compétitions régionales, notamment la CECAFA en Ouganda et les éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations en Tanzanie, où elle porte le brassard de capitaine.
Lors d’un tournoi de la CECAFA en Ouganda, elle rencontre un agent qui l’encourage à poursuivre simultanément ses études et sa carrière sportive. Grâce à cet accompagnement, elle obtient une opportunité scolaire et évolue pendant deux ans au sein de l’équipe Saint Noah lors des compétitions interscolaires.
Après la période marquée par la pandémie de Covid-19, elle retrouve La Colombe FC, dont elle devient capitaine. Ses performances lui permettent ensuite de s’imposer durablement en équipe nationale senior à l’âge de 18 ans.
Avec les Hirondelles féminines, Niyomwungere a contribué à la qualification historique du Burundi à la Coupe d’Afrique des nations féminine 2022 au Maroc, après les succès enregistrés face à Djibouti et à l’Érythrée. La compétition lui offre l’occasion d’affronter de grandes nations africaines, comme le Nigeria et l’Afrique du Sud.
Sa carrière prend ensuite une dimension internationale. Elle rejoint l’AS Kigali, au Rwanda, où elle remporte plusieurs trophées individuels et collectifs, dont le championnat national et la Peace Cup. Après un passage au Rayon Sports, elle poursuit son aventure professionnelle avec APL FC, avant de signer récemment avec Shan United Women FC au Myanmar, en Asie.
Aujourd’hui, Niyomwungere affirme que les résultats obtenus ont progressivement changé le regard de sa famille et de la société sur le football féminin. Elle souligne que sa carrière lui a permis de contribuer au bien-être de sa famille, malgré les préjugés qui considéraient autrefois les footballeuses comme des filles sans avenir.

Elle encourage les jeunes filles à croire en leurs capacités et à ne jamais se sous-estimer. « Je suis petite de taille, mais sur le terrain, j’affronte même des joueuses deux fois plus grandes que moi », affirme-t-elle, invitant les jeunes filles à se fixer des objectifs et à persévérer.

Face aux préjugés selon lesquels le football pourrait enlever la féminité aux femmes, Niyomwungere rassure les parents et les jeunes filles. Selon elle, la pratique sportive dépend avant tout de la discipline personnelle et ne remet nullement en cause l’identité de chacun.
Pour favoriser le développement du football féminin burundais, elle appelle les supporters à soutenir davantage les équipes féminines, à assister aux matchs et à leur accorder la même considération qu’aux équipes masculines. Elle souligne que les sélections féminine et masculine contribuent toutes deux au classement FIFA du Burundi et méritent, à ce titre, une considération équivalente.
Elle invite également les clubs et la Fédération à renforcer l’organisation du championnat féminin, à améliorer les conditions de vie des joueuses et à s’inspirer des modèles étrangers, où les footballeuses bénéficient de contrats professionnels et de rémunérations plus adaptés.
Fière de son parcours, Peace Olga Niyomwungere assure qu’elle n’est pas prête à s’arrêter. Les résultats obtenus, dit-elle, renforcent sa motivation à poursuivre sa progression et à représenter dignement le Burundi sur les terrains internationaux.

