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La musique, un levier d’autonomisation des jeunes filles

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Août 31, 2026
Edidienne Munezero

MUKAZA, 29 août (ABP) – La musique constitue pour de nombreuses jeunes filles un espace d’expression, de créativité et d’affirmation de soi, mais leur parcours dans ce domaine reste confronté à plusieurs défis, notamment les préjugés sociaux, le manque d’opportunités et l’accès limité aux ressources nécessaires à leur épanouissement professionnel, a indiqué Edidienne Munezero, une jeune fille de 21 ans, enseignante de musique à Bujumbura.

Elle pratique notamment la guitare acoustique et le piano et est également artiste-compositrice, basant ses compositions sur des chansons parlant de la vie sociale et du gospel.

Lors d’une interview accordée à l’ABP, le vendredi 28 août 2026, cette jeune fille passionnée de musique a indiqué que son parcours a été marqué par plusieurs difficultés, particulièrement au début de sa carrière.

Ses parents et son entourage ne comprenaient pas toujours son choix de faire de la musique, certaines considérations culturelles et religieuses constituant également des obstacles à son épanouissement artistique.

« Pour moi, ça n’a pas été facile parce que mes parents et mon entourage m’en empêchaient. Auparavant, ils ne me croyaient pas et certains me décourageaient », a-t-elle témoigné.

Edidienne fait savoir qu’elle éprouvait également des difficultés à trouver des filles capables de lui apprendre à jouer des instruments. Elle devait ainsi recourir principalement aux garçons pour développer ses compétences musicales.

Son ambition d’apprendre la guitare solo a constitué un autre défi. Après plusieurs recherches sur internet, elle affirme avoir constaté qu’elle ne trouvait aucune fille burundaise soliste pouvant lui servir de modèle dans ce domaine.

« J’avais besoin d’apprendre la guitare solo, mais j’ai cherché partout sur internet et j’ai trouvé qu’aucune fille soliste n’était au Burundi. Cela me décourageait, mais j’avais décidé d’être la première », a-t-elle souligné.

Malgré ces difficultés, la jeune musicienne affirme avoir progressivement atteint certains de ses objectifs, notamment en produisant des chansons avec ses propres moyens, sans financement extérieur, ainsi qu’un clip vidéo. Elle souligne que son talent lui a permis d’accéder à différents espaces et de multiplier les expériences dans le milieu artistique.

S’agissant du nombre encore limité de filles qui pratiquent certains instruments de musique, Edidienne estime que cela ne devrait pas les empêcher de développer leurs talents. Elle encourage les jeunes filles à oser apprendre et à démontrer leurs capacités, même dans des domaines considérés comme réservés aux garçons. Elle appelle également les parents et l’entourage à les soutenir dans leurs ambitions artistiques.

Pour elle, les jeunes filles ont besoin d’encouragement, de conseils et d’un accompagnement leur permettant de rester concentrées sur leur vision.

La jeune artiste attire également l’attention sur les risques d’abus auxquels certaines filles peuvent être exposées dans le milieu musical. Selon elle, certaines personnes profitent de l’ambition des jeunes artistes en leur promettant de les aider à développer leurs talents, alors qu’elles cherchent en réalité à profiter d’elles.

Elle conseille aux filles de rester vigilantes, d’analyser les propositions qui leur sont faites et de rester focalisées sur leurs objectifs. Elle cite également les découragements liés à la culture et les difficultés financières parmi les défis auxquels elles font face.

Edidienne s’est également exprimée sur la publication de photos dénudées sur les réseaux sociaux par certaines jeunes filles dans le but d’attirer davantage de vues et de « likes ». Elle indique qu’elle ne juge pas ceux qui font ce choix, mais estime que cette pratique n’est pas indispensable pour réussir dans la musique.

Selon elle, les artistes peuvent attirer le public grâce à la qualité de leurs œuvres, à leurs messages et à leur créativité, tout en respectant les valeurs culturelles. « Les beaux travaux, le message et la composition se vendent sans se dénuder », a-t-elle affirmé.

Concernant son développement financier, Edidienne explique que gagner de l’argent fait partie de sa vision, mais que cela ne constitue pas sa priorité. Elle affirme vouloir avant tout utiliser sa musique pour produire un impact positif dans la société et dans la vie des personnes qui écoutent ses chansons.

Elle cite notamment ses compositions consacrées aux violences basées sur le genre, à travers lesquelles elle dénonce les mauvais traitements infligés à certaines femmes. Lors de ses prestations, elle affirme constater que certaines femmes se reconnaissent dans ces chansons et ressentent un soulagement, particulièrement celles qui vivent elles-mêmes des situations similaires.

La jeune artiste évoque également sa chanson consacrée au bébé, qui permet aux mamans de se remémorer les moments précieux liés à l’accouchement. « Certains de mes objectifs sont déjà atteints, notamment celui de voir l’impact de la musique dans la société », a-t-elle déclaré.

Edidienne Munezero en pleine performance avec une guitare

Pour Edidienne, la musique peut contribuer à l’autonomisation financière des jeunes filles lorsqu’elle est pratiquée avec discipline et vision. Elle cite notamment les mariages, les fêtes familiales, les karaokés et d’autres événements comme des occasions permettant aux musiciens de générer des revenus via la musique.

Les églises, les studios d’enregistrement, les bars et d’autres espaces constituent également, selon elle, des secteurs qui ont besoin de musiciens.

D’après elle, les revenus provenant de la musique peuvent permettre aux jeunes filles de satisfaire certains de leurs besoins sans devoir constamment dépendre financièrement de leurs familles ou des garçons. Elle estime par ailleurs que la musique a un autre atout, la possibilité d’être pratiquée parallèlement à une autre activité professionnelle, permettant ainsi de diversifier ses sources de revenus.

Pour contribuer au développement du secteur artistique, Edidienne rêve de voir la création d’écoles spécialisées dans la musique. Elle estime que les artistes contribuent à faire connaître le Burundi à l’étranger à travers leurs œuvres et leurs prestations et devraient bénéficier d’un encadrement professionnel.

Si elle avait l’opportunité de développer le secteur musical, elle indique qu’elle mettrait particulièrement les filles en avant afin de démontrer qu’elles disposent elles aussi du talent et des capacités nécessaires pour réussir. Elle souhaite également que ces écoles puissent délivrer des diplômes aux musiciens ayant terminé leur formation, afin de reconnaître leur professionnalisme. « Avoir du talent ne suffit pas. La perfection de ce talent à travers une école est meilleure car, à part les mélodies, il y a aussi les textes », a-t-elle expliqué.

Edidienne appelle enfin à un soutien accru des jeunes filles évoluant dans le domaine musical, notamment à travers l’octroi de financements, d’équipements et d’opportunités leur permettant de transformer leur talent en véritable carrière professionnelle.