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VBG au Burundi, des blessures qui dépassent les séquelles physiques

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Sep 21, 2026
Claphe Christine Ntunzwenimana

BUJUMBURA, 1er sept (ABP) Au moins 486 victimes de viol ont été prises en charge par le centre Seruka de janvier à juin 2026. Parmi elles, 387 étaient âgées de moins de 18 ans. Ces données illustrent la persistance des violences sexuelles et celles basées sur le genre (VBG) au Burundi.

Le phénomène reste préoccupant à l’échelle nationale. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), 23 % des femmes burundaises âgées de 15 à 49 ans avaient déclaré avoir subi des violences sexuelles, selon une enquête gouvernementale réalisée en 2017. La même enquête indiquait que 36 % avaient subi des violences physiques au moins une fois dans leur vie. Dans 57 % de ces cas, l’auteur était le mari ou le partenaire intime.

« Malgré les progrès législatifs et institutionnels déjà enregistrés, il y a encore du travail à faire en matière de lutte contre les VBG », a déclaré Claphe Christine Ntunzwenimana, directrice du département de la prévention des VBG et de la prise en charge holistique des victimes. Elle s’exprimait lors d’un entretien accordé à l’ABP, mardi 11 août 2026, à Bujumbura.

Selon elle, les femmes et les filles sont les principales victimes des VBG. Les hommes et les garçons sont également concernés. Elle attribue notamment ces violences aux inégalités de pouvoir entre les sexes, au sexisme et à certaines normes sociales liées au patriarcat. « Les VBG ne relèvent pas seulement de comportements isolés. Elles sont aussi liées aux inégalités qui existent dans la société », a-t-elle indiqué.

Les conséquences peuvent être lourdes. Elles affectent la santé physique et mentale des victimes. Elles peuvent aussi provoquer la stigmatisation, l’isolement et la fragilisation des ménages.

Les données du centre Seruka permettent de mesurer une partie du phénomène. De janvier à juin 2026, la structure a pris en charge 486 victimes de viol, dont 390 femmes et 96 hommes. Les mineurs représentent près de 80 % de ces victimes. Au total, 387 personnes âgées de moins de 18 ans ont été prises en charge durant cette période.

Gloriose Nyakuza, prestataire de soins au centre Seruka, indique que cette structure reçoit des victimes de différentes formes de violences. « Le viol et les violences physiques occupent les premières places parmi les cas que nous recevons. Nous prenons aussi en charge les violences psychologiques et économiques », a-t-elle expliqué.

Durant la même période, Seruka a enregistré 46 victimes de violences physiques, dont 43 femmes et trois hommes. Sept femmes victimes de violences psychologiques ont également été prises en charge.

Gloriose Nyakuza

Pour Nyakuza, les conséquences des VBG vont au-delà des blessures visibles. Certaines victimes doivent consacrer beaucoup de temps aux soins. Cette situation peut perturber leurs activités quotidiennes et affecter leurs revenus. « Les victimes peuvent passer beaucoup de temps à se faire soigner, avec des moyens importants, au lieu de vaquer à leurs activités. La stigmatisation peut aussi les isoler », a-t-elle souligné.

Les enfants exposés aux violences domestiques peuvent également en subir les conséquences. Selon Nyakuza, ceux qui sont témoins des violences entre leurs parents peuvent présenter des changements comportementaux.

Ces violences peuvent aussi contribuer à la désintégration des familles et affecter l’économie des ménages, souligne-t-elle.

Face à cette situation, le ministère de la Solidarité nationale, des affaires sociales, des droits de la personne humaine et du genre mène plusieurs actions pour renforcer la prévention et la prise en charge des victimes.

Avec l’appui de l’Union européenne et de l’ONU Femmes, le ministère travaille notamment à la mise en place de l’Observatoire national de lutte contre les VBG au Burundi.

Trois plateformes numériques complémentaires ont été développées dans le cadre de ce projet. Elles doivent contribuer à renforcer la prévention, la coordination des interventions et le suivi des cas. Elles doivent également faciliter la production de données et la gestion des connaissances sur les VBG. La législation fait également l’objet d’un processus de révision.

Ntunzwenimana estime que la loi relative à la lutte contre les VBG présente encore certains manquements. Les mécanismes de signalement restent confrontés à plusieurs difficultés.

Selon Nyakuza, certaines victimes craignent les représailles.

D’autres souhaitent préserver leur anonymat. Certaines n’ont pas non plus accès à l’ensemble des services de prise en charge. « Nous invitons les victimes à sortir du silence et à demander de l’aide. La communauté doit aussi les accompagner au lieu de les stigmatiser », a-t-elle déclaré.

Le témoignage d’IJ, une habitante de la commune de Cibitoke, illustre les difficultés auxquelles certaines femmes sont confrontées. Mariée et mère de deux enfants, elle affirme avoir subi des violences économiques et physiques de la part de son mari. « Mon mari ne me donnait rien comme soutien financier.

Il dépensait l’argent et rentrait presque toujours ivre », a-t-elle témoigné. Elle affirme également avoir subi des coups et des gifles. « Les coups et les agressions physiques ont créé en moi une atmosphère de terreur constante », a-t-elle raconté.

IJ a finalement quitté son mari avec ses enfants. Elle affirme désormais vouloir se consacrer à leur éducation. « Je n’ai aucun désir de me remarier. Je compte m’occuper de l’éducation de mes enfants », a-t-elle déclaré. Elle estime que son engagement dans des associations féminines l’a aidée à devenir autonome.

« La participation dans des associations féminines m’a appris à être une femme autonome », a-t-elle ajouté.

Dans la commune de Cibitoke, les VBG prennent différentes formes, selon Aloys Nahimana et Consolatte Ciramunda, deux leaders communautaires.

« Il y a même des couples qui arrivent à s’entretuer. Il y a des hommes qui tuent leurs femmes et des femmes qui tuent leurs maris », ont-ils témoigné.

Selon ces leaders communautaires, les victimes sont orientées vers les structures de prise en charge. Elles peuvent y bénéficier de soins médicaux et psychosociaux ainsi que d’une assistance judiciaire. Ils appellent les victimes à dénoncer les violences et demandent à la communauté de les soutenir.

Par ailleurs, le numéro vert (502) reste disponible pour les personnes qui ont besoin d’aide, selon Ntunzwenimana. Pour elle, la lutte contre les VBG nécessite l’engagement des institutions, des communautés et des familles.