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Les souffrances du passé ne doivent pas nourrir la haine selon Gérard Mfuranzima

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Sep 23, 2026
Gérard Mfuranzima lors de la présentation de son œuvre romanesque

MUKAZA, 3 sept (ABP) – « Les souffrances du passé ne doivent pas constituer une haine pour demain », a déclaré Gérard Mfuranzima lors de la présentation, le mardi 1er septembre 2026, de son ouvrage intitulé « Burundi 1972 : Le temps des ténèbres. Un roman, une mémoire, un appel au dialogue pour un Burundi réconcilié », une œuvre consacrée à la mémoire des événements tragiques de 1972 et à leur transmission aux nouvelles générations.

A travers ce roman, l’auteur revient sur une période particulièrement douloureuse de l’histoire du Burundi, en mettant l’accent sur les souffrances vécues par les populations et sur la nécessité de préserver cette mémoire dans une perspective de dialogue, de compréhension mutuelle et de réconciliation nationale.

« En écrivant sur une période aussi sensible que 1972, on se pose des questions. Comment est-ce que les gens vont percevoir ce livre ? », a expliqué Mfuranzima, précisant qu’il a choisi de ne pas inscrire son récit dans une opposition entre les différentes composantes ethniques de la société burundaise. « J’ai dit : je raconte la souffrance des gens. Je raconte uniquement comment les gens ont vécu cette période », a-t-il indiqué.

Selon lui, l’objectif est de permettre aux personnes ayant vécu cette période douloureuse, ainsi qu’à leurs descendants, de préserver leur mémoire tout en évitant que celle-ci ne devienne une source de haine ou de vengeance. Il souhaite que les récits des souffrances du passé puissent plutôt contribuer à rapprocher les Burundais et à les encourager à œuvrer pour que de telles tragédies ne se reproduisent plus.

« Il faut que cette mémoire douloureuse puisse être portée plus loin, dans le sens de la réconciliation », a-t-il déclaré, soulignant que la connaissance du passé doit servir à construire un avenir meilleur, dans un Burundi « réconcilié, uni et prospère ».

Mfuranzima accorde une importance particulière à la transmission de cette mémoire aux jeunes générations. Il estime que plus de cinq décennies après les événements de 1972, de nombreux jeunes ne connaissent pas suffisamment les souffrances vécues par leurs parents et leurs grands-parents.

« Je souhaite que les jeunes puissent lire ce livre. Ils vont découvrir, à travers des récits, la manière dont les gens ont souffert », a-t-il expliqué.

Pour l’auteur, la connaissance de cette histoire doit permettre aux jeunes de comprendre les conséquences des violences et de tirer les leçons du passé. « Les souffrances du passé ne doivent pas constituer une haine pour demain », a-t-il insisté, appelant les nouvelles générations à s’ouvrir au dialogue et à utiliser la mémoire comme un moyen de mieux vivre ensemble.

Dans cette perspective, il estime que la littérature peut jouer un rôle important dans le processus de réconciliation, en permettant d’aborder des sujets sensibles à travers des récits humains capables de susciter l’écoute et l’empathie. Le roman, selon lui, offre ainsi un espace où la mémoire peut être exprimée sans nécessairement reproduire les clivages qui ont marqué les périodes de crise. Il appelle également les écrivains, les chercheurs et les témoins à documenter les différentes crises qui ont marqué l’histoire contemporaine du Burundi. Il cite notamment les événements de 1965, 1969, 1971, 1973 et 1993, ainsi que la guerre civile qui s’est étendue de 1993 à 2008. « J’encourage les autres, jeunes ou vieux, à écrire », a-t-il déclaré, insistant sur l’importance de laisser des traces écrites des expériences vécues. Pour lui, l’écriture permet de préserver la mémoire des générations et d’éviter que les témoignages disparaissent avec ceux qui les portent.

L’auteur estime que ce travail de mémoire concerne également les Burundais vivant dans la diaspora. Il relève que certaines personnes ayant quitté le pays continuent à porter les blessures liées aux crises du passé, même lorsqu’elles ont retrouvé de meilleures conditions matérielles à l’étranger.

Selon lui, ces traumatismes nécessitent notamment un travail de connaissance, de dialogue et d’écoute. Il recommande aux membres de la diaspora de mieux connaître l’histoire du Burundi, d’interroger leurs parents et les générations précédentes sur les événements vécus et de favoriser les rencontres avec des personnes ayant connu d’autres expériences.

« Pour moi, la meilleure façon de guérir de cette mémoire traumatisante, c’est d’en parler, d’échanger avec les autres, de compatir avec ceux qui ont souffert », a-t-il souligné.

Mfuranzima considère par ailleurs que l’histoire du Burundi doit être étudiée dans toute sa complexité, notamment en ce qui concerne les identités et les rapports sociaux qui existaient avant et pendant la période coloniale. Il estime que la colonisation a contribué à renforcer certaines divisions et appelle à une lecture historique permettant de mieux comprendre l’évolution de ces rapports au fil du temps.

Présentant son ouvrage comme un récit qui cherche à dépasser les divisions, l’auteur affirme avoir voulu concevoir un roman « au-dessus des divisions ethniques, raciales et claniques ». Il souhaite que son œuvre puisse être lue et comprise au-delà des frontières du Burundi, par des lecteurs issus de différentes sociétés et cultures.

Le roman ne se limite pas, selon lui, au récit des victimes et des souffrances. Il évoque également les personnes qui, pendant les périodes de violence, ont pris des risques pour protéger d’autres individus, parfois au prix de leur propre vie. Pour Mfuranzima, ces actes de solidarité constituent des exemples positifs qui peuvent nourrir l’espoir et rappeler que, même dans les périodes les plus difficiles, des individus ont refusé de céder à la violence et à la haine.

A travers « Burundi 1972 : le temps des ténèbres », Mfuranzima entend ainsi contribuer à un travail de mémoire destiné non seulement à rappeler les souffrances du passé, mais aussi à favoriser le dialogue, la compréhension mutuelle et la réconciliation.

Il encourage les Burundais à faire de l’histoire un outil de connaissance et de construction de l’avenir, afin que les générations futures puissent tirer les leçons des crises du passé et œuvrer à la consolidation de l’unité nationale.