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L’innovation doit préserver l’âme des traditions, dixit Mberamihigo

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Mai 8, 2026
Ferdinand Mberamihigo, professeur à l'université du Burund

MUKAZA, 7 mai (ABP) – L’innovation dans le domaine culturel burundais doit s’inscrire dans une logique d’équilibre entre créativité et respect du patrimoine, estime le professeur Ferdinand Mberamihigo de l’Université du Burundi, lors d’un entretien accordé à l’ABP le jeudi 7 mai 2026.

D’après cet universitaire, la culture est dynamique et s’enrichit au fil du temps d’éléments dont certains résultent des apports extérieurs, et d’autres de la créativité. Il a ajouté que les éléments du patrimoine culturel burundais sont justement là pour servir les Burundais, à la fois dans le présent et dans leur transformation future, qui est une forme d’adaptation.

Selon toujours M. Mberamihigo, lorsque l’on observe un mélange d’Ingoma et de styles étrangers, il s’agit d’un fait naturel. La question se situe alors dans le dosage. « Quand l’Ingoma est dominé, au point d’être à peine perceptible, on est passé à un autre style. On n’est plus dans l’Ingoma burundais », a-t-il indiqué, ajoutant que lorsque le kirundi cède 50 % de sa place au français et à l’anglais, on n’est plus dans le kirundi.

Concernant les jeunes qui inventent des mots et des structures hybrides, et la question de savoir s’il s’agit d’un enrichissement ou d’une dénaturation de la langue, le professeur souligne que le débat se situe également dans le dosage, mais surtout dans la nature intrinsèque du kirundi, notamment les combinaisons admises au niveau des sons, de la morphologie et de la grammaire.

D’après Mberamihigo, certaines personnes pensent que « ishati », « ipantaro » ou « ishure » ne sont pas des mots kirundi, alors qu’ils le sont, même s’ils sont d’origine étrangère.

Il indique par ailleurs que l’emprunt est un phénomène présent dans toutes les langues, citant l’exemple du français qui a intégré des mots comme « algèbre » de l’arabe, « fjord » du danois, « safari » du kiswahili ou « kimono » du japonais, entre autres.

Il alerte toutefois : « Imaginez si 50 % du vocabulaire français était japonais : ce ne serait plus du français, mais un créole. » Il explique que cette transformation, lorsqu’une langue subite des influences extérieures au point de prendre une nouvelle forme, s’appelle la créolisation, citant notamment le créole haïtien et le créole réunionnais.

Sur le même sujet de l’innovation dans le domaine artistique, le professeur souligne que la création musicale ou poétique intégrant des éléments externes est un phénomène connu. Il rappelle cependant que, pour qu’un chanteur soit reconnu comme chantant en kirundi, la langue doit rester identifiable dans ses œuvres, et non se transformer en un mélange méconnaissable. Dans le cas contraire, selon lui, il faut reconnaître que ce qui est chanté n’est plus du kirundi. Il précise aussi que les artistes reflètent en partie la langue parlée par la population.

« Ils popularisent ce qui se dit dans la rue, à l’école, etc. » Leur rôle de diffusion est donc essentiel, a-t-il précisé.