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Infertilité : les femmes davantage exposées à la culpabilisation et à la stigmatisation

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Sep 28, 2026
Le psychologue au centre neuropsychiatrique de Kamenge, Bon-fils Uwimana

NTAHANGWA, 24 sept (ABP) – Les témoignages recueillis auprès de couples confrontés à l’infertilité, particulièrement des femmes, révèlent une épreuve marquée par une lourde charge mentale, physique et émotionnelle. L’ABP l’a constaté lors de différents entretiens réalisés au mois d’août 2026.

Sur le plan social, les femmes concernées affirment que l’infertilité demeure un sujet tabou qui affecte profondément la vie familiale. Elles estiment qu’elles sont encore les premières à être tenues pour responsables de l’absence d’enfants et, par conséquent, davantage exposées à la stigmatisation.

Selon elles, les couples confrontés à l’infertilité doivent préserver leur dignité et leur estime de soi, tout en faisant valoir leurs droits. Elles rappellent que l’infertilité est un problème de santé qui peut toucher différents couples, mais qui reste encore mal compris dans certains milieux de la société burundaise.

Ces témoignages recueillis montrent également que la valeur d’un couple reste, dans certains milieux, fortement liée à sa capacité à procréer. « L’absence d’enfants est considérée comme une anomalie ou un échec. Cette perception provoque des accusations injustes, des jugements ou des murmures », explique Sylvie Habonimana.

Dans certaines familles, les couples concernés font également face à des pressions pouvant aller jusqu’aux propositions de séparation ou de remariage. Evelyne Nduwimana témoigne de cette situation après huit années d’attente d’un enfant.

Selon elle, les examens médicaux avaient établi que son état de santé ne présentait pas de problème, tandis que son mari rencontrait des difficultés de fertilité. Celui-ci aurait toutefois refusé de reconnaître cette situation devant sa famille, qui continuait à considérer son épouse comme responsable de l’absence d’enfants.

« Sa famille et lui proposaient toujours de m’abandonner pour se remarier avec une autre femme, en pensant que c’était moi qui étais stérile. Il ne parvenait pas à expliquer à sa famille que le problème venait de lui », raconte-t-elle.

Mme Nduwimana déplore également le rejet subi au sein de certaines familles. « Les familles nous ont rejetés et ne nous donnaient aucune valeur, au point que nous n’étions même pas conviés à certaines fêtes », témoigne-t-elle.

Pour Estella Gatore, la stigmatisation se manifeste aussi à travers des remarques humiliantes dans l’entourage. Elle raconte avoir été confrontée à des propos désobligeants, notamment après un accident de moto au cours duquel elle s’était fracturé la jambe gauche. « Certaines personnes qui m’assistaient comme gardes-malades m’ont dit que les couples infertiles avaient beaucoup de problèmes et qu’ils étaient maudits », témoigne-t-elle. D’autres lui auraient également reproché de ne pas avoir d’enfants pour prendre soin d’elle.

Pour elle, ces paroles ont constitué une souffrance supplémentaire alors qu’elle se remettait de son accident.

De son côté, Ange Gahimbare souligne que la pression familiale et sociale constitue l’une des principales difficultés auxquelles sont confrontés certains couples infertiles. Dans son cas, après sept années d’attente, son mari a pris une autre femme.

« Nous étions deux femmes à la maison. Moi, j’étais comme leur bonne. Je passais jour et nuit à pleurer », raconte-t-elle.

La nouvelle épouse a ensuite donné naissance à deux garçons, dont Mme Gahimbare s’est occupée après leur abandon par leur mère. Après quinze années d’attente, elle a finalement eu un enfant. « Mon époux m’a demandé pardon pour m’avoir traumatisée. Maintenant, nous vivons une vie heureuse après cette souffrance. Personne ne peut vraiment comprendre ce parcours sans le vivre », explique-t-elle.

Face à cette situation, les couples concernés appellent le gouvernement, notamment à travers le ministère de la Santé publique, à renforcer les campagnes de sensibilisation communautaire. Ils souhaitent notamment que la population abandonne les appellations qu’ils jugent blessantes et humiliantes à leur égard.

Ils invitent également les associations œuvrant dans le domaine du bien-être familial à sensibiliser davantage la population afin de favoriser l’acceptation et l’accompagnement des familles confrontées à l’infertilité.

Le psychologue au centre neuropsychiatrique de Kamenge, Bon-fils Uwimana estime que la pression sociale et familiale exercée de manière permanente sur les couples infertiles peut transformer un problème médical en véritable problème social.

Il invite la population à éviter les comportements susceptibles d’aggraver la souffrance de ces couples. Il encourage également les personnes concernées à faire preuve de résilience et à ne pas se laisser diviser ou séparer par les pressions de leur entourage.

Selon lui, l’absence d’enfant ne devrait pas conduire à la dévalorisation ou au rejet d’un couple.