Les sociétés d’assurance existantes au Burundi sont à l’œuvre, mais elles ne couvrent pas encore les risques liés aux transports par taxi-vélos. Le métier de taxi-vélos fait vivre un grand nombre d’habitants de Bujumbura. Le taxi-vélo est devenu un moyen de transport utilisé par les personnes ayant des revenus modestes pour assurer leur transport vers leurs lieux de travail et celui de leurs enfants vers l’école. Toutes ces personnes, de même que les propriétaires de ces taxi-vélos, ont besoin d’une protection civile garantissant leur sécurité en cas d’accidents. En effet, les conducteurs de taxi-vélos déplorent que leur couverture d’assurance soit négligée alors que cette activité est essentielle à la survie de leurs familles et contribue à l’économie du pays.
Lors d’une visite effectuée le mardi 2 décembre 2025 sur un parking de conducteurs de taxi-vélos situé en zone Kinama de la commune de Ntahangwa, nous nous sommes entretenus avec Chanel Habarugira, l’un d’entre eux. Rencontré à Kinama, M. Habarugira déplore que le métier de taxi-vélo a été exclu dans le champ de couverture des risques des sociétés d’assurance, ce qui lui cause d’énormes contraintes dans l’exercice de son travail.

« En cas d’accident grave, si le conducteur de taxi-vélo grièvement blessé est transporté à l’hôpital, il paie à ses propres frais.
Par ailleurs, la cohabitation n’est pas bonne avec les chauffeurs de motos et de voitures. Certains d’entre eux s’attaquent aux conducteurs de taxi-vélos et leur provoquent en ces termes : « Je peux te tuer parce que moi, je suis assuré, et ton vélo sera déclassé. Tu n’auras plus qu’à retourner à l’intérieur du pays pour garder les troupeaux », raconte-t-il amèrement.
L’assurance pour ces conducteurs de taxi-vélo est donc une nécessité vitale. Elle serait une solution pour protéger leur vie et leurs outils de travail. Le vélo est d’ailleurs devenu un investissement coûteux. Il s’achète à un prix variant entre 700.000 BIF et 1.000.000 BIF, précise M. Habarugira.
Selon les données recueillies auprès de la Police de la Sécurité Routière (PSR) du Burundi, 57 cas d’accidents de taxis-vélos ont été enregistrés entre janvier et novembre 2025.
Le Code des assurances du 17 juillet 2020, dans son article 114, stipule que : « En matière d’assurance sur la vie, d’assurance contre les accidents corporels et d’assurance maladie, les sommes assurées sont fixées par le contrat, hormis les cas où les montants à allouer sont déterminés en fonction du préjudice réellement subi. »
L’approche des sociétés d’assurance (Point de vue des sociétés d’assurance)
D’après le Directeur Commercial de la Société d’Assurance du Burundi (SOCABU), M. Mélance Cishako, cette dernière a identifié l’absence d’assurance pour les conducteurs de taxi-vélos comme un risque social et économique majeur au Burundi.
Dans son rapport des sinistres déclarés pour l’exercice 2024, il y a eu 19 victimes d’accidents enregistrés, tous engins confondus, dont 4 cas de décès impliquant des conducteurs de taxi-vélos et 15 victimes blessées. Au cours de

l’exercice 2025, il précise que 16 cas d’accidents de conducteurs de taxi-vélos et 3 décès ont déjà été enregistrés.
Cishako précise que ces conducteurs de taxi-vélos sont parfois identifiés comme des victimes par des assurés disposant d’une assurance de la catégorie « Omnium » qui déclare les dommages causés.
Il lance un appel aux associations de cyclistes à cotiser auprès de cette société d’assurance pour avoir accès à ce qu’il appelle l’« Assurance collective accidents corporels », qui couvre les problèmes des associations, des équipes et autres. « S’il n’y a pas d’association, je conseille à ceux qui le veulent de se rassembler et de constituer un groupe », propose-t-il. Il souligne également que l’absence de la culture d’assurance chez de nombreux Burundais est un problème majeur qui entrave la compréhension des bienfaits de l’assurance au Burundi.
Le Directeur Commercial de la SOCABU ajoute que les conducteurs de taxi-vélos représentent une catégorie de personnes à forte sinistralité car ils sont très exposés. Et « si le risque est très élevé, les assureurs n’aiment pas », souligne-t-il.
Le cadre légal et les obstacles réglementaires
Selon Hasmani Ndayishimiye, Chef du Marketing et de la Clientèle à l’Agence d’assurance Business Insurance and Reinsurance (BIC), la réglementation en vigueur stipule d’assurer les appareils roulant sur le sol, dont les automobiles et les engins automoteurs. Cependant, les taxi-vélos ne font pas partie de cette catégorie, explique-t-il, précisant cependant qu’il est possible d’assurer les personnes conductrices contre des accidents.

Business Insurance and Reinsurance (BIC)
D’après M. Ndayishimiye, le premier obstacle pour ces conducteurs est la loi en vigueur et le code de la route qui ne les prennent pas en considération actuellement. Ce vide juridique pose problème pour inclure leurs biens (les taxi-vélos) dans une assurance, alors qu’ils sont devenus onéreux, soulève-t-il. Ce Chef du Marketing et de la Clientèle à l’Agence d’assurance BIC précise également que le risque des conducteurs de taxi-vélos est élevé car, dit-il, ils enfreignent souvent les règles du code de la route.
Etant donné que ce métier contribue à la survie des familles et des individus en leur fournissant un revenu, et qu’il participe au développement économique du pays par le paiement d’impôts, l’assurance de cette profession ne doit pas être négligée, estime Hasmani Ndayishimiye.
La position de l’assurance BIC face aux constats des victimes d’accidents parmi ces conducteurs de taxi-vélos est que ces derniers soient encadrés. Il est nécessaire de revoir leur cadre légal et le code de la route afin de leur permettre d’être totalement assurés (tant les personnes victimes que leurs vélos).
Au cours de l’année 2025, l’assurance BIC a déjà enregistré 5 victimes d’accidents parmi les conducteurs de taxi-vélos, poursuit Hasmani Ndayishimiye, ajoutant que cette agence d’assurance est prête à approcher les conducteurs de taxi-vélos. Il fait savoir qu’une campagne a déjà été menée en province de Gitega pour les sensibiliser à souscrire à une assurance contre les accidents corporels, comme tout autre entrepreneur ou individu, a-t-il déclaré.
Selon M. Ndayishimiye, le souci constant de l’assurance BIC est que tous les Burundais soient assurés, y compris les conducteurs de taxi-vélos car, signale-t-il, ils contribuent au développement du pays.
Denis NTIHINDAGIZWA

