BUJUMBURA, 6 mars (ABP)-Plusieurs quartiers de la capitale économique du Burundi, notamment Buyenzi, Bwiza, Nyakabiga, Jabe, au centre-ville de Bujumbura (les environs du magasin Bata) et les quartiers Asiatique et Kabondo, figurent parmi les zones les plus touchées par la consommation de drogue, selon le représentant légal de l’Association Burundaise pour un Monde de Paix sans Drogues (ABMPD), M. Valentin Havyarimana.
Lors d’un entretien accordé à l’ABP mercredi 4 mars 2026, M. Havyarimana a indiqué que les substances les plus consommées dans ces quartiers sont le booster, le cannabis, l’héroïne sous forme de déchets, la cocaïne ainsi que certaines boissons prohibées.
Selon lui, les garçons restent les plus nombreux parmi les consommateurs, représentant environ 67 %, contre près de 30 % de filles. La tranche d’âge la plus touchée se situe entre 12 et 36 ans, traduisant d’après lui, une vulnérabilité préoccupante des adolescents et des jeunes.
Le représentant légal de l’ABMPD souligne que la lutte contre ce phénomène se heurte à plusieurs défis, notamment le manque de financement pour les centres d’accueil et d’orientation destinés aux jeunes usagers de drogues, en particulier dans le cadre de leur réintégration socio-économique. Il déplore également une faible implication de l’administration et un manque de coordination entre les différents acteurs concernés, dont la police, les élus locaux et les parents.
Havyarimana regrette en outre l’absence d’un encadrement adapté pour les jeunes consommateurs incarcérés, estimant que cette situation complique leur réhabilitation. Il plaide pour un accompagnement accru dans la réintégration socio-économique des jeunes, un appui du ministère chargé de la Jeunesse et une plus grande implication de l’administration dans les séances de sensibilisation. Il appelle également les parents à renforcer la communication avec leurs enfants afin de prévenir les comportements à risque.
Floris Ntwari, ancien consommateur de drogues et habitant du quartier Nyabugete en zone Kanyosha, commune Mugere, œuvrant au centre de prise en charge des personnes dépendantes à la drogue « Strong Bridge », confirme la forte présence de ces substances dans plusieurs zones de la capitale économique. Le centre Strong Bridge est un établissement de désintoxication et d’accompagnement psychosocial pour les jeunes dépendants.

Selon lui, tous les coins du pays sont touchés par ce fléau, mais certains quartiers restent particulièrement vulnérables. Il cite notamment Buyenzi, Ngagara, Buterere, Kamenge, Gasenyi, Mutakura, Kanyosha et Kibenga. D’après lui, la consommation est favorisée par l’exposition des jeunes à l’usage de drogues par leurs aînés et par certaines boissons dites légales mais pouvant causer des troubles en cas d’abus.
Floris Ntwari énumère plusieurs raisons avancées par les consommateurs : le manque d’emploi et le chômage, l’absence ou l’abandon des parents, le manque d’affection, la pression physique liée à certains travaux comme la mécanique et la maçonnerie et les déceptions amoureuses.
Selon lui, ces causes sont perçues comme valables par les jeunes, mais conduisent à une dépendance progressive pouvant mettre leur vie en danger.
Il souligne que la police traque les consommateurs et les vendeurs, mais que ces derniers utilisent de nombreuses stratégies de camouflage. « Certains vendeurs sont arrêtés mais reprennent la vente après leur sortie de détention », signale Ntwari, précisant que ce commerce nourrit leurs familles tandis que les consommateurs eux périssent.
Ntwari recommande des sensibilisations ciblées, mettant en avant le témoignage des anciens consommateurs et l’intervention de psychologues pour aider les jeunes à se réinsérer. Il insiste sur le fait que la drogue n’est pas un refuge et qu’il faut montrer aux consommateurs des stratégies concrètes pour l’abandonner définitivement.
Concernant la confusion fréquente entre toxicomanie et troubles mentaux, il explique qu’une personne dépendante peut présenter des signes similaires à ceux d’un malade mental, comme l’abandon de l’hygiène, des responsabilités l’ abandon scolaire ou de l’alimentation, mais reste consciente de son état. Selon lui, les drogues affectent principalement le mental, modifient la pensée et détruisent les talents et le savoir-faire des consommateurs. « Ils ont beaucoup de talents mais ne peuvent plus en profiter suite à la dépendance à ces drogues », révèle-t-il. Ntwari appelle, enfin, tous les acteurs de la lutte contre la drogue et le gouvernement, à se mobiliser pour éradiquer ce fléau dans la société.

