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Les plastiques descendent des quartiers, le lac Tanganyika en paie le prix

ByAdministrateur

Mai 11, 2026

BUJUMBURA, 2 mai 2026 – Au marché de Kinindo et dans ses environs, des jeunes de l’Association des jeunes amis de la nature de Kabezi (Ajanaka) ont organisé une opération de sensibilisation sur la gestion des déchets plastiques. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un projet mis en œuvre avec l’appui de COPED et financé par Union européenne pour la protection de l’environnement et du Lac Tanganyika. Elle vient également soutenir les efforts du programme gouvernemental « Zéro déchet », lancé pour lutter contre l’insalubrité grandissante dans les centres urbains.

Très tôt le matin, commerçants, riverains et jeunes bénévoles se sont mobilisés pour ramasser des bouteilles plastiques et d’autres déchets éparpillés autour du marché. A travers cette activité, les organisateurs veulent non seulement réduire la pollution visible dans les quartiers, mais aussi encourager les habitants à adopter le tri à la source. Selon eux, ces déchets abandonnés dans les rues finissent souvent dans les caniveaux, puis dans les rivières avant d’atteindre, finalement, le Lac Tanganyika.

Pour Edmond Nizigama, président de l’Ajanaka, le problème dépasse largement la question de la propreté. Il touche aussi à la santé publique et à la protection des ressources naturelles. « Nous avons organisé cette activité au marché de Kinindo parce que nous avons constaté que les déchets plastiques non biodégradables sont nuisibles à la santé humaine et constituent un danger pour l’environnement, y compris le lac Tanganyika. Si on les jette n’importe où, la pluie les emporte et les accumule ailleurs, ce qui peut causer des problèmes à certaines familles », a-t-il expliqué.

Par ailleurs, il regrette que certaines mesures prévues dans le cadre du projet “Zéro déchet” soient encore peu respectées sur le terrain. Pour lui, la sensibilisation reste essentielle, mais elle doit être accompagnée d’actions concrètes et durables. « Si ces déchets sont rassemblés en un seul endroit, il est plus facile pour les sociétés de recyclage de les traiter », a-t-il ajouté, plaidant pour une meilleure implication des acteurs du recyclage.

Cependant, derrière cette opération communautaire se cache une réalité environnementale beaucoup plus profonde. Le Lac Tanganyika, considéré comme l’un des plus grands réservoirs d’eau douce au monde, subit une pression croissante liée à la pollution plastique. Pendant la saison des pluies, plusieurs rivières traversant Bujumbura transportent directement des tonnes de déchets solides vers le lac. Peu à peu, certains cours d’eau se transforment en véritables canaux de pollution.

Plus inquiétant encore, des recherches scientifiques récentes ont confirmé la présence de microplastiques dans les eaux du Lac Tanganyika, dans les sédiments ainsi que chez certaines espèces de poissons. Invisibles à l’œil nu, ces particules peuvent s’accumuler dans la chaîne alimentaire. Les conséquences potentielles concernent alors aussi bien la biodiversité que la santé humaine.

Dans ce contexte, les initiatives locales comme celle menée par AJANAKA apparaissent utiles. Elles permettent de sensibiliser la population et de maintenir le débat public autour de la pollution. Néanmoins, leur portée reste limitée face à l’ampleur du problème. Le manque d’infrastructures adaptées pour la collecte, le tri et le recyclage des déchets continue de freiner les efforts engagés sur le terrain.

Au marché de Kinindo, plusieurs commerçants saluent malgré tout cette campagne. Gisèle Ininahazwe, vendeuse rencontrée sur place, estime que ces actions peuvent progressivement changer les comportements. Selon elle, certaines personnes commencent déjà à faire plus attention à l’endroit où elles jettent leurs déchets, même si les habitudes restent difficiles à transformer rapidement.

Dès lors, une question demeure : les campagnes de sensibilisation peuvent-elles, à elles seules, freiner une pollution devenue structurelle autour du Lac Tanganyika ?

Entre initiatives communautaires, insuffisances institutionnelles et croissance urbaine rapide, la protection du Lac Tanganyika apparaît aujourd’hui comme un défi environnemental majeur. Un défi qui dépasse, de loin, les seules actions locales.