BUJUMBURA, 24 juil (ABP) – Les femmes évoluant dans l’industrie cinématographique burundaise font face à plusieurs défis liés aux préjugés sociaux, aux difficultés professionnelles et aux risques d’abus. Malgré ces obstacles, elles continuent de se battre pour faire valoir leurs talents. C’est ce qu’a indiqué la cinéaste burundaise Ange Bédine Mugisha dans un entretien accordé à l’ABP, le mercredi 22 juillet 2026.
Au cours de l’entretien, elle a partagé son expérience et son regard sur la place des femmes dans l’industrie cinématographique.
Selon la cinéaste Mugisha, les femmes qui choisissent de faire carrière dans le cinéma restent confrontées à des perceptions négatives qui conduisent parfois une partie de la société à remettre en question leur choix professionnel.
La cinéaste a également dénoncé certaines pratiques qu’elle juge contraires à l’éthique professionnelle dans le milieu cinématographique. Selon elle, certaines jeunes femmes souhaitant intégrer ce secteur peuvent être confrontées à des personnes qui leur promettent des rôles importants, la célébrité ou une évolution rapide de leur carrière, alors que ces promesses peuvent parfois dissimuler des sollicitations à caractère sexuel.
Elle explique que certaines aspirantes actrices peuvent être confrontées à des avances insistantes, à des propositions à caractère sexuel, au harcèlement ou à des pressions liées à l’obtention d’un rôle. Selon elle, lorsque de tels comportements se produisent, ils constituent un obstacle à l’épanouissement des femmes dans le cinéma et peuvent décourager de nombreux jeunes talents.
Mlle Mugisha a également évoqué la stigmatisation dont certaines actrices sont victimes. Elle indique qu’une partie du public assimile parfois les rôles interprétés à l’écran à la vie privée des actrices, allant jusqu’à porter des jugements négatifs sur leur moralité lorsque les productions comportent des scènes romantiques ou intimes. Pourtant, a-t-elle souligné, ces scènes relèvent de la fiction et de l’expression artistique.
Pour la cinéaste, le cinéma est une profession comme toute autre, qui mérite respect et considération. Elle appelle la société à distinguer le personnage interprété de la personne qui l’incarne.
Elle insiste également sur la responsabilité des équipes de production dans la protection des jeunes filles participant aux tournages. Selon elle, les producteurs, réalisateurs et les autres membres des équipes doivent garantir un environnement de travail sûr, préserver l’intégrité physique et morale des actrices et prévenir toute forme d’abus ou de pression.
La cinéaste demande par ailleurs à l’État d’accompagner davantage les jeunes filles qui souhaitent faire carrière dans le cinéma, notamment à travers la formation, l’encadrement professionnel et la mise en place des mécanismes de protection. Elle appelle également les équipes de production à respecter les droits et la dignité des jeunes filles engagées dans les projets cinématographiques.
Mlle Mugisha ajoute que, malgré les difficultés rencontrées, les femmes cinéastes poursuivent leurs efforts pour progresser et atteindre leurs objectifs. Elle les encourage à renforcer leurs compétences, à rester disciplinées et à persévérer dans leur carrière.
Elle souligne que le film constitue un outil important d’éducation, de sensibilisation et de transmission de messages utiles à la société. Selon elle, les femmes engagées dans ce secteur peuvent contribuer au développement social en produisant des œuvres capables de d’informer, de sensibiliser et d’inspirer la communauté.
La cinéaste rappelle également qu’il existe des femmes cinéastes burundaises qui vivent aujourd’hui de leur métier et tirent des revenus de leurs productions. Pour elle, ces parcours démontrent que le film peut constituer une source de revenus et un levier d’autonomisation économique pour les femmes qui s’y consacrent avec sérieux, professionnalisme et détermination.
Mlle Mugisha est membre du groupe cinématographique Mungu Yupo Film. Elle a participé à plusieurs productions, notamment aux films « Umukazana » et « Umuryango », et a joué dans plus de cinq films. Elle explique avoir commencé son parcours cinématographique il y a plusieurs années, avant de décider, en 2024, d’en faire sa profession. Selon elle, son entrée dans le monde du cinéma est intervenue après l’invitation d’un ami qui lui avait proposé de participer à une production en tant qu’actrice. Cette première expérience lui a permis de découvrir cet univers et de s’y engager progressivement. abp

