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Le manque de moyens freine la promotion de la culture burundaise à travers le cinéma, selon un réalisateur

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Juil 28, 2026
Fiston Haragiramungu, réalisateur et manager de la maison de production Burundian Movies and Talents (BMT Buja)

MUKAZA, 17 juil (ABP) – Le développement de l’industrie cinématographique burundaise reste confronté à plusieurs défis, notamment le manque de financement, d’équipements modernes, de professionnels qualifiés et d’espaces de diffusion, a indiqué Fiston Haragiramungu, connu sous son nom d’artiste « Mr. Giti », réalisateur et manager de la maison de production Burundian Movies and Talents (BMT Buja), lors d’un entretien accordé à l’ABP le Jeudi 16 juillet 2026.

Selon lui, les cinéastes burundais disposent de la créativité nécessaire pour produire des œuvres capables de valoriser l’identité culturelle du pays et de montrer les réalités quotidiennes des Burundais. Toutefois, il estime que les contraintes financières, techniques et organisationnelles limitent la production des œuvres mettant pleinement en avant la culture nationale.

Réagissant aux critiques selon lesquelles certaines productions burundaises présentent davantage des modes de vie inspirés de l’étranger que les réalités locales, Haragiramungu explique que cette situation est principalement liée au manque de moyens.

« Beaucoup pensent que nous ne voulons pas montrer la culture burundaise. Pourtant, notre principale difficulté est le manque de ressources financières et matérielles », a-t-il expliqué.

Il a fait savoir que la réalisation d’un film valorisant la culture burundaise nécessite d’importants moyens, notamment pour les déplacements dans différentes provinces afin de filmer les paysages, les traditions, les sites touristiques et d’autres éléments du patrimoine culturel. Ces déplacements impliquent des dépenses liées au transport, à l’hébergement, à la restauration et à la mobilisation des équipes techniques.

Ce réalisateur a également évoqué les difficultés d’accès à certains sites touristiques et culturels. Selon lui, certaines équipes de tournage sont parfois obligées de payer des frais pour accéder à certains lieux, ce qui constitue une charge supplémentaire pour les maisons de production disposant de budgets limités. Haragiramungu a par ailleurs déploré le faible accompagnement des autorités envers le secteur cinématographique. Selon lui, le cinéma n’a pas encore reçu la valeur nécessaire dans les politiques de développement culturel, alors qu’il peut contribuer à la promotion du Burundi et de son image.

Il a indiqué que les cinéastes sont parfois oubliés dans certaines initiatives destinées aux jeunes acteurs du domaine artistique. « Quand les jeunes sont invités à discuter des domaines artistiques avec les autorités, notamment le président de la République, les cinéastes sont toutes fois oubliés et cela constitue un frein au développement du cinéma burundais », a-t-il souligné.

Le réalisateur a également évoqué le manque d’équipements modernes de production. Selon lui, plusieurs producteurs burundais disposent rarement de caméras professionnelles, de matériels de prise de son, d’éclairage et d’autres outils répondant aux standards actuels de l’industrie audiovisuelle.

Il a ajouté que les costumes, objets traditionnels et accessoires culturels nécessaires à certaines productions sont souvent difficiles à trouver, ajoutant que même lorsqu’ils sont disponibles auprès des musées, des collectionneurs ou des particuliers, leur location ou leur acquisition représente parfois un coût élevé pour les producteurs.

Selon lui, certains propriétaires préfèrent vendre ces objets plutôt que de les louer temporairement, alors que les producteurs souhaitent généralement les utiliser uniquement pendant les tournages. D’après lui, Cette situation contribue à augmenter les coûts de production.

Face à ces contraintes, Haragiramungu explique que certains cinéastes privilégient des scénarios plus simples à réaliser, notamment ceux liés à la vie familiale, aux relations sociales, à l’amour ou à la vie urbaine, car ils nécessitent moins de déplacements et de moyens logistiques.

Il précise toutefois que ce choix ne traduit pas un manque d’intérêt pour la culture burundaise, mais constitue plutôt une adaptation aux réalités financières du secteur.

Le réalisateur cite l’exemple de la série « INTORE NTINDI » pour montrer l’intérêt du public pour des productions inspirées des réalités burundaises. Selon lui, cette œuvre a été largement suivie au Burundi et a retenu l’attention de la diaspora burundaise. Il explique que cette série a séduit de nombreux Burundais vivant à l’étranger grâce aux images montrant la vie quotidienne dans le pays, notamment celle de la communauté autochtone Batwa. D’après ce cinéaste, la production présente leurs activités traditionnelles comme la fabrication des pots, la poterie, le tissage des cordes ainsi que leur organisation sociale.

Fiston Haragiramungu et et son équipe lors en plein tournage de la serie INTORE NTINDI

Pour Haragiramungu, cet exemple démontre que les œuvres inspirées des réalités locales peuvent attirer un large public et contribuer à la promotion de l’image du Burundi lorsqu’elles bénéficient d’une production adéquate. Il estime que le cinéma constitue un outil important de communication et de rayonnement international. Il cite l’exemple des États-Unis d’Amérique et de l’Inde, qui utilisent leurs industries cinématographiques pour faire connaître leur culture, leur histoire, leurs traditions et leurs modes de vie à travers le monde.

« Le cinéma est un système de communication qui permet aux autres pays de découvrir notre culture et notre manière de vivre », a-t-il déclaré. Il appelle ainsi le gouvernement à accorder davantage de valeur au cinéma afin que ce secteur puisse jouer pleinement son rôle dans la promotion culturelle et la valorisation de l’image du pays.

Dans le même but, Haragiramungu recommande un accompagnement accru de l’Etat, du secteur privé et des investisseurs. Il estime que le gouvernement devrait mettre en place des mécanismes de soutien, reconnaître davantage le secteur et créer un environnement favorable à la production et à la diffusion des œuvres nationales.

Il invite également les entreprises et les industries privées souhaitant promouvoir leurs produits à investir dans le cinéma à travers des partenariats avec les producteurs locaux. Selon lui, le cinéma peut constituer un outil efficace de communication et de promotion commerciale offrant une grande visibilité aux entreprises.

Le réalisateur appelle aussi les consommateurs des productions cinématographiques, notamment la population et les téléspectateurs, à soutenir davantage les œuvres locales en les regardant, en les partageant et en contribuant à leur diffusion. Il recommande par ailleurs la création de marchés de diffusion, notamment des salles de projection et des festivals, ainsi que le renforcement des capacités des professionnels à travers des formations et des collaborations avec des experts expérimentés.

Il estime en outre que l’acquisition de matériels modernes de tournage et de postproduction est indispensable pour améliorer la qualité des œuvres et permettre au cinéma burundais de mieux contribuer à la promotion du Burundi sur les scènes régionale et internationale.

Pour Haragiramungu, le cinéma peut accompagner la vision du Burundi à l’horizon 2040 et 2060 en servant d’outil de communication, de promotion culturelle et de valorisation de l’image du pays.