BUJUMBURA, 10 sept. (ABP) – Le mariage précoce reste une réalité dans plusieurs localités du Burundi, malgré les campagnes de sensibilisation et les mesures visant à protéger les filles de moins de 18 ans. Des leaders communautaires et des responsables administratifs de la commune Cibitoke, province Bujumbura et ceux de la commune Rutana, province Burunga rencontrés par l’ABP) soulignent ses conséquences sur la scolarité, la santé et la vie sociale des jeunes filles.
En effet, selon les statistiques de l’Institut national de la statistique du Burundi (INSBU), environ 19 % des filles au Burundi entrent en union avant l’âge de 18 ans, contre 1 % des garçons. Environ 3 % des filles sont déjà en ménage avant l’âge de 15 ans.
À Cibitoke, dans la province de Bujumbura, Ciramunda Consolatte, leader communautaire, indique que le phénomène persiste malgré les actions de sensibilisation. Elle relève notamment une recrudescence de certains cas pendant la période de récolte du riz, lorsque les hommes disposent de revenus supplémentaires.
Selon elle, certains profitent de cette période pour prendre de nouvelles épouses, parfois des adolescentes de 15 ou 16 ans, au détriment de leurs premières femmes.
Certaines filles abandonnent ainsi l’école pour se marier avec des hommes plus âgés, parfois veufs ou déjà engagés dans des unions polygames.
Les conséquences peuvent être lourdes. Ciramunda évoque notamment les grossesses précoces, qui exposent les adolescentes à des complications obstétricales, dont les fistules, les accouchements difficiles et, dans certains cas, le décès de la mère ou du nouveau-né.
A Rutana, dans la province de Burunga, le leader communautaire Antoine Niragira souligne également les conséquences sociales du phénomène. Les jeunes filles mariées précocement sont, selon lui, davantage exposées aux violences physiques, psychologiques et sexuelles, ainsi qu’à l’isolement social et à l’abandon scolaire.
Le témoignage de Joselyne Ndikokubwayo, de la zone Bukemba, illustre cette situation. À 17 ans, elle a abandonné l’école pour épouser un homme qu’elle croyait financièrement aisé. « Une fois chez lui, j’ai constaté que je m’étais trompée.
L’argent qu’il m’avait montré avait disparu et il a commencé à me maltraiter, à me battre et à me laisser dehors pendant toute la nuit », témoigne-t-elle.
Aujourd’hui enceinte, elle dit se sentir épuisée et envisage de divorcer. Elle appelle les jeunes filles à rester à l’école afin de mieux préparer leur avenir.
Claudine Nahimana, de la commune Cibitoke, a également été contrainte de se marier à l’âge de 15 ans pour aider sa famille financièrement. Elle a abandonné ses études avant de connaître une grossesse précoce, à la suite de laquelle elle a développé une fistule obstétricale après avoir perdu son nouveau-né.
Pour Révérien Niyonkuru, chef de colline Bugiga de la commune Rutana, la pauvreté constitue l’une des principales causes du mariage précoce. Certaines familles marient leurs filles pour réduire leurs charges financières. D’autres continuent de considérer que la place de la fille est essentiellement au foyer, plutôt qu’à l’école.
Pour lutter contre cette pratique, Niyonkuru préconise de s’attaquer à ses causes en renforçant la sensibilisation et l’autonomisation économique des femmes. Il indique également que les filles menacées de mariage avant l’âge légal sont orientées vers leurs familles et encouragées à poursuivre leur scolarité.
Lorsqu’une fille déjà enceinte est engagée dans une union avec un homme polygame, un dialogue est mené avec les parents afin qu’elle puisse retourner dans sa famille et bénéficier de leur accompagnement jusqu’à l’accouchement.
Selon Donavine Nduwayo, leader communautaire de la zone Bwagiriza, dans la commune de Ruyigi, le mariage précoce reste également observé dans cette localité. Elle estime que cette pratique constitue un phénomène à éradiquer, en raison de ses conséquences sur l’avenir des jeunes filles.
Les parents qui falsifient l’âge de leurs filles sur les documents d’identité peuvent, lorsqu’ils sont identifiés, faire l’objet de sanctions conformément à la loi, selon les responsables rencontrés.
Au niveau national, Anne-Marie Nkeshimana, directrice de l’autonomisation de la femme et de la promotion de la fille au ministère de la Justice, des Droits de la personne humaine et du Genre, indique que le ministère poursuit les campagnes de sensibilisation contre le mariage précoce.
Il accompagne également les familles les plus démunies dans les zones ciblées à travers des projets de développement. L’objectif est de contribuer à réduire la pauvreté et de favoriser le maintien des filles à l’école.

