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L’accès à la terre demeure un défi majeur pour les Batwa

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Oct 28, 2026
Dr Emery Nukuri, spécialiste du droit foncier et professeur à l'(UB)

MUKAZA, 8 oct (ABP) – La communauté des Batwa au Burundi fait face à des défis persistants en matière d’accès à la terre et de sécurisation de ses droits fonciers. Environ 80 % des familles batwa ne disposeraient pas de terres cultivables, les privant ainsi d’une source importante de revenus et de subsistance, a indiqué lundi 5 octobre 2026, le Dr Emery Nukuri, spécialiste du droit foncier et professeur à l’Université du Burundi(UB), lors d’une interview accordée à l’ABP.

Le Dr Nukuri a d’abord rappelé que la terre constitue une source essentielle de moyens de subsistance, soulignant qu’environ 90 % des Burundais dépendent des ressources liées à la terre. Pour la communauté batwa, a-t-il expliqué, la terre ne représente pas seulement une ressource économique, mais constitue également un élément important de son identité et de sa culture. La sécurisation des droits fonciers contribuerait ainsi à la préservation de cette identité et à l’amélioration des conditions de vie de cette communauté.

Selon lui, la situation foncière des Batwa est marquée par une précarité historique et un accès limité à la propriété. Il a expliqué que, traditionnellement, les Batwa dépendaient notamment des ressources naturelles des forêts et de l’exploitation de l’argile, avant que la perte progressive de leurs espaces traditionnels n’accroisse leur dépendance économique et leur vulnérabilité.

Le professeur Nukuri s’est référé à l’article 22 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ratifiée par le Burundi le 28 juillet 1989, qui reconnaît à tous les peuples le droit au développement économique, social et culturel, dans le respect de leur liberté et de leur identité, ainsi qu’à la jouissance égale du patrimoine commun de l’humanité.

Il a estimé que les Batwa devraient bénéficier, au même titre que les autres citoyens burundais, d’un accès aux terres cultivables afin d’améliorer leurs conditions de vie et de participer au développement du pays. Selon lui, dans le contexte burundais, la terre constitue également un élément important de reconnaissance sociale, conformément à l’expression couramment utilisée au Burundi : « Gira aho uba, wubahwe ».

De son côté, le président de la Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH), Mgr Martin Blaise Nyabobo, a souligné que la protection des droits de l’homme passe également par la mise en place et le respect des lois qui garantissent ces droits.  Il a encouragé les Batwa à s’adapter aux réalités actuelles et à s’investir davantage dans les activités génératrices de revenus et les initiatives de développement.

Il a toutefois insisté sur l’importance de l’éducation, affirmant que « la terre la plus importante aujourd’hui est le diplôme », dans la mesure où la formation peut permettre aux jeunes Batwa d’acquérir des compétences, d’accéder à l’emploi et d’améliorer leurs conditions de vie.

Mgr Nyabobo a ainsi appelé les parents batwa à encourager leurs enfants à aller à l’école afin qu’ils puissent acquérir les connaissances nécessaires pour accéder à l’emploi et contribuer au développement de leurs familles.

le président de l’Union pour la promotion des Batwa (UNIPROBA), Emmanuel Nengo

Pour sa part, le président de l’Union pour la promotion des Batwa (UNIPROBA), Emmanuel Nengo, a expliqué que l’une des causes de la situation actuelle réside dans le retrait de certaines terres qui avaient été attribuées aux familles batwa par les communes.

Selon lui, certaines familles avaient reçu des terres sur lesquelles elles avaient construit leurs habitations et cultivé pendant plusieurs années, avant que ces parcelles ne soient récupérées par les autorités pour la réalisation de différents projets.

Nengo a salué les déclarations du chef de l’État en faveur de l’accès des Batwa sans terres aux terres disponibles. Il a rappelé que cette question avait notamment été évoquée le 18 août 2023, à l’occasion de la Journée internationale des peuples autochtones, puis le 9 août 2025 à Buganda.

« Cela fait trois ans que nous attendons la mise en application de cette déclaration », a-t-il indiqué, précisant que des commissions chargées du suivi de cette question ont été mises en place au niveau de la présidence de la République, des provinces, des communes et des zones.

Ces commissions devraient notamment identifier les terres disponibles ainsi que les bénéficiaires potentiels, parmi lesquels les Batwa et d’autres personnes vulnérables, a-t-il expliqué.

Il a toutefois déploré l’absence initiale de représentants des Batwa dans certaines de ces commissions. Des descentes effectuées dans plusieurs provinces et dans 25 communes ont, selon lui, permis de relever les préoccupations de cette communauté concernant sa représentation au sein de ces structures.

Afin de garantir la transparence du processus d’attribution des terres, Nengo a recommandé que les listes des bénéficiaires soient affichées au niveau des zones et des collines. Cette mesure permettrait aux populations de vérifier les noms des bénéficiaires retenus et aux Batwa qui auraient été oubliés de réclamer leur inscription.

Concernant l’impact de l’accès à la terre sur le développement des Batwa, il a souligné que l’attribution de terres ne suffira pas, à elle seule, à résoudre tous les problèmes auxquels cette communauté est confrontée. Elle constitue néanmoins, selon lui, un moyen important de favoriser son développement socio-économique.

L’accès à la terre permettrait notamment aux familles de construire des habitations, de pratiquer l’agriculture et l’élevage et de développer d’autres activités génératrices de revenus, contribuant ainsi à réduire la pauvreté et à favoriser leur intégration dans le processus de développement du Burundi, conformément à la vision d’un Burundi émergent en 2040 et développé en 2060.

Pélagie Ndaruzaniye, l’une des femmes Batwa

Un membre de l’UNIPROBA dans la commune de Rumonge, Pélagie Ndaruzaniye, a témoigné de la situation vécue par certaines familles batwa. « Nous avons grandi en voyant nos parents cultiver des terres que nous pensions être les nôtres. Plus tard, ces terres leur ont été retirées et nous nous sommes retrouvés sans endroit où aller ni où revenir », a-t-elle déclaré.

Elle a appelé à un soutien accru en faveur de la jeunesse batwa afin de lui permettre de développer des activités génératrices de revenus, estimant que de nombreux jeunes n’ont pas hérité de terres de leurs parents, qui avaient eux-mêmes perdu leurs parcelles.