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Grenier de l'information au Burundi

Les femmes leaders et associations féminines, actrices clés de la promotion et de la défense des droits des femmes

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Avr 10, 2026
Jacques Ndihokubwayo, conseiller chargé de la planification à la direction générale en charge du genre

BUJUMBURA, 10 avr (ABP) – Au Burundi, de nombreuses femmes, surtout en milieu rural, peinent encore à connaître et à faire valoir leurs droits. Dans ce contexte, les associations féminines et les femmes leaders jouent un rôle essentiel d’information, d’accompagnement et de défense des victimes, contribuant progressivement à leur autonomisation.

C’est ce qu’a indiqué Jacques Ndihokubwayo, conseiller chargé de la planification à la direction générale en charge du genre au ministère de la Justice, des droits de la personne humaine et genre, lors d’une interview accordée à l’ABP, jeudi le 02 avril 2026. Selon lui, les femmes occupant des postes de responsabilité, notamment les gouverneures de province, les administratrices communales et les cheffes de colline, participent activement à la promotion des droits des femmes. Il a souligné que la connaissance de ces droits constitue une base indispensable pour leur revendication.

En outre, il a ajouté que ces femmes leaders, conscientes des réalités du terrain, s’impliquent directement dans la résolution des problèmes rencontrés par leurs pairs. A titre d’exemple, il a illustré ses propos par le cas d’une victime de violences domestiques reçue par une cheffe de colline, qui a pris le temps de l’écouter et de l’orienter vers une solution appropriée.

Par ailleurs, M. Ndihokubwayo a fait savoir que, dans les localités dirigées par des femmes, les interventions des partenaires au développement prennent davantage en compte les besoins spécifiques des femmes. Selon lui, ces programmes favorisent leur épanouissement et renforcent leur participation à la vie politique et économique. Il a également ajouté que certaines femmes s’engagent désormais dans des partis politiques ou développent des activités génératrices de revenus.

Cependant, il a reconnu que des défis persistent, notamment les normes socioculturelles qui relèguent encore la femme au second plan en la limitant aux tâches domestiques. Ainsi, il a appelé à une meilleure répartition des responsabilités au sein des ménages afin de favoriser l’égalité.

De son côté, Marie Kinyabuku, membre du Réseau Femmes et Paix (RFP), a rappelé que, dès 1999, les associations féminines réunies au sein du CAFOB ont participé au processus de paix d’Arusha. Selon elle, cette mobilisation visait à revendiquer la place des femmes dans les accords. À l’issue de ce processus, un quota de 30 % de représentation des femmes dans les instances de prise de décision a été obtenu. Elle a souligné que cette avancée permet aujourd’hui aux femmes de contribuer davantage au développement du pays.

En outre, elle a précisé que le RFP mène des actions d’éveil des consciences des femmes et des filles pour la promotion de leurs droits politiques, économiques et sociaux. À cet effet, le réseau organise des activités de sensibilisation et encourage la participation civique. Il développe également le leadership féminin en lien avec la paix et la sécurité. Par ailleurs, il soutient l’autonomisation économique des femmes à travers des activités génératrices de revenus.

Diane Kanyange, représentante légale de l’AFJ

De son côté, Mme Diane Kanyange, représentante légale de l’Association des femmes journalistes du Burundi (AFJ), a indiqué que son organisation intervient dans le renforcement des capacités des communautés. Elle mène également des actions de lutte contre les violences basées sur le genre. En outre, elle assure une assistance juridique et psychologique aux victimes de violations des droits fondamentaux.

Elle a précisé qu’en 2025, l’AFJ a assisté 57 victimes de violences basées sur le genre, dont 56 femmes et un homme. Par ailleurs, l’association a pris en charge 61 personnes dans des litiges liés au droit de la famille, dont 59 femmes. Elle est aussi intervenue dans 33 cas de succession, ainsi que dans 12 affaires relevant du droit pénal. Enfin, 6 conflits fonciers impliquant des femmes ont également bénéficié de son accompagnement.

Toutefois, Mme Kanyange a relevé plusieurs défis majeurs. Parmi eux figurent les stéréotypes de genre, la faible application des lois existantes ainsi que la persistance des violences domestiques et sexuelles. Elle a également souligné les difficultés d’accès des femmes aux ressources économiques, notamment au crédit. Selon elle, cette situation est liée au manque de titres fonciers à leur nom.

Pour faire face à ces défis, elle a recommandé de renforcer l’éducation à l’égalité des genres dès le plus jeune âge. Elle a également appelé à adopter et appliquer effectivement des lois contre les discriminations. En outre, elle a plaidé pour la révision de la législation sur les violences basées sur le genre, afin de garantir des sanctions dissuasives. Elle a aussi recommandé la mise en place d’une loi sur les régimes matrimoniaux et la succession. Enfin, elle a insisté sur la promotion de la copropriété foncière pour faciliter l’accès des femmes au crédit et à l’entrepreneuriat.

Enfin, dans son témoignage, Mme Jeanine Habarugira a expliqué que ses frères refusaient de partager la propriété foncière laissée par leur mère avec les filles. Après plusieurs tentatives infructueuses, elles ont saisi la justice avec l’appui de l’AFJ. Ainsi, grâce à cette assistance, elles ont obtenu gain de cause et ont bénéficié d’un partage équitable des biens. Enfin, elle a salué le rôle de l’association dans la défense des droits des femmes.