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Présentation du document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle

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Avr 16, 2026
Le Ministre en charge des finances, Alain Ndikumana

NTAHANGWA, 11 avr (ABP) – Le ministre des Finances, du Budget et de l’Economie numérique, Alain Ndikumana, a présenté, vendredi 10 avril 2026, devant les députés réunis en séance plénière, le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (DPBEP) 2026/2027-2028/2029, exposant les principales évolutions macroéconomiques, budgétaires et sectorielles du pays ainsi que les perspectives à moyen terme.

Selon le ministre Ndikumana, l’économie mondiale continue d’évoluer dans un contexte marqué par des tensions géopolitiques persistantes et des recompositions structurelles profondes. Après plusieurs chocs successifs, notamment la pandémie de Covid-19, la guerre russo-ukrainienne et divers conflits en Afrique et au Moyen-Orient, l’année 2025 a été caractérisée par une stabilisation progressive de la croissance mondiale et un recul de l’inflation. Toutefois, les incertitudes demeurent élevées en raison de la fragmentation géoéconomique, des tensions commerciales et du niveau élevé de l’endettement public mondial, a-t-il déploré.

Dans ce contexte, la croissance mondiale est passée de 3,5 % en 2022 à 3,0 % en 2023, avant de remonter légèrement à 3,3 % en 2024 puis à 3,2 % en 2025, selon le Fonds monétaire international (FMI). L’inflation mondiale s’est établie à 5,9 % en 2024 avant de reculer à 4,5 % en 2025. Les prix des matières premières ont également suivi une tendance baissière, avec un recul attendu de 7 % en 2025 selon la Banque mondiale, et une poursuite de la baisse en 2026, marquant une quatrième année consécutive de repli. Le Brent est projeté autour de 60 USD le baril, tandis que les produits alimentaires et les métaux industriels poursuivent également leur correction, à l’exception de certains métaux stratégiques et de l’or, qui reste soutenu par son rôle de valeur refuge, a-t-il poursuivi.

Au niveau national, le ministre en charge des Finances a indiqué que l’activité économique a évolué dans le cadre du Plan national de développement (PND 2018-2027 révisé), aligné sur la Vision Burundi, pays émergent en 2040 et développé en 2060. Entre 2022 et 2024, la croissance économique est passée de 2,3 % à 4,1 %, avec une moyenne de 3,2 %, portée par l’ensemble des secteurs de production.

Le secteur primaire a enregistré une croissance moyenne de 1,7 %, tirée par une agriculture vivrière en légère hausse de 0,8 %. L’agriculture d’exportation a progressé de 7,3 %, notamment grâce au café en hausse de 26,7 %, tandis que le thé a enregistré une croissance plus modérée de 1,5 %. L’élevage a affiché une croissance moyenne de 14,1 %, malgré des chocs sanitaires liés à la fièvre de la vallée du Rift et à une maladie touchant les porcs, a fait remarquer M. Ndikumana.

Dans le même ordre d’idées, le secteur secondaire a progressé en moyenne de 2,4 %, soutenu par l’extraction minière (+5,9 %) grâce aux réformes du Code minier et au suivi des coopératives, ainsi que par la construction (+4,8 %), portée par les infrastructures routières, hospitalières, énergétiques et hydrauliques. Le secteur de l’électricité, du gaz et de l’eau a progressé de 3,2 %, avec une production estimée à 479,4 GWh, notamment grâce à la mise en service des centrales de Ruzibazi, Mubuga, Kabu 16 et Rusumo Falls. L’industrie manufacturière a enregistrée une croissance de 3 %, tirée principalement par le textile, en hausse de 25,7 %.

Le secteur tertiaire a affiché une croissance moyenne de 4,7 %, portée par les télécommunications, les banques et assurances, l’administration publique ainsi que les secteurs sociaux de l’éducation et de la santé. Le taux de pénétration de l’internet est passé de 22,9 % à 26 %, soutenu par la mise en œuvre du plan national de numérisation. Le secteur bancaire a bénéficié de la hausse des crédits, des revenus de change et de la digitalisation des services financiers.

Sur le plan des prix, l’inflation a connu une forte volatilité, passant de 18,5 % en 2022 à 27,1 % en 2023, avant de reculer à 20,2 % en 2024 puis de remonter à 34,0 % en 2025, sous l’effet notamment de la hausse des prix des produits alimentaires, des transports, des combustibles, des loyers et des services de restauration.

Concernant le secteur extérieur, la balance courante est restée déficitaire, mais en amélioration progressive, passant de -16,4 % du Produit intérieur brut (PIB) en 2022/2023 à -8,4 % en 2024/2025. Cette évolution s’explique par la progression des exportations, passées de 5,5 % à 7,7 % du PIB, soutenues par le café, les minerais, les boissons et les produits manufacturés comme les savons. Dans le même temps, les importations ont reculé en part du PIB, atteignant 21,6 % en 2024/2025, contre plus de 26 % auparavant, notamment en raison de la baisse des importations de produits pétroliers.

Les services ont également contribué à cette amélioration avec un déficit réduit à 5,1 % du PIB en 2024/2025. Les revenus secondaires restent excédentaires mais en recul relatif, tandis que les transferts en capital demeurent faibles en raison d’un faible taux de décaissement des financements extérieurs destinés aux projets publics.

Sur le plan monétaire, la masse monétaire M3 a fortement augmenté, passant de 4 921,6 milliards de BIF en 2022 à 7 475,4 milliards en 2025, principalement en raison de la hausse des avoirs intérieurs nets, tandis que les avoirs extérieurs nets sont restés négatifs et se sont détériorés à -1 606,7 milliards de BIF en 2025.

Les finances publiques affichent également une dynamique de croissance, avec des recettes en hausse moyenne de 22,4 % sur la période 2022/2023-2024/2025. Elles devraient atteindre 6 641,2 milliards de BIF en 2028/2029, contre des dépenses projetées à 8 510,8 milliards de BIF sur la même période. Le déficit budgétaire demeure, mais s’améliore progressivement, passant de -7,6 % du PIB en 2026/2027 à -5,3 % en 2028/2029, tandis que la dette publique est projetée à 9 247,3 milliards de BIF à l’horizon 2029.

Par ailleurs, le ministre Ndikumana a indiqué que les perspectives économiques pour la période 2026-2029 sont globalement favorables, avec une croissance attendue de 5,5 % en 2026 et une moyenne de 6,8 %, soutenue par l’ensemble des secteurs de production, la diversification de l’économie et la poursuite des réformes structurelles.

Lors des échanges, les députés ont soulevé des préoccupations, notamment concernant la construction du bâtiment administratif destiné à abriter les services de l’ABREMA, de l’ABREVPA et du BBN, ainsi que l’organisation de ces services dans les nouvelles infrastructures publiques en cours de réalisation.

En réponse, le ministre Ndikumana a précisé qu’il ne s’agit pas d’un changement d’orientation, mais plutôt d’un ajustement progressif tenant compte des recommandations de l’Assemblée nationale, de l’état d’avancement des travaux ainsi que des réalités techniques des projets en cours. Il a précisé que ces recommandations ont été intégrées et appliquées conformément aux orientations des élus du peuple. Ainsi, les services de l’ABREMA et de l’ABREVPA seront regroupés au sein du complexe des laboratoires. Concernant le BBN, il a révélé que ses services ne seront pas intégrés dans ce complexe, en raison de la construction en cours de son propre bâtiment administratif. Toutefois, il est envisagé qu’une fois achevé, ce bâtiment puisse accueillir d’autres services publics, dans une logique d’optimisation des infrastructures de l’Etat.

Le ministre Ndikumana a, enfin, souligné que le document met en évidence plusieurs risques susceptibles d’affecter la stabilité économique et budgétaire, notamment les risques macroéconomiques, la dette publique, les entreprises publiques, le secteur financier, les ressources naturelles ainsi que les effets des changements climatiques et des catastrophes naturelles, appelant à des mesures d’atténuation appropriées.