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Les élèves de l’ECOFO Rundo appelés à briser le silence face aux VBG

ByAdministrateur

Juil 13, 2026

BUJUMBURA, 12 juillet (ABP) — Le Conseil pour l’éducation et le développement (COPED), en partenariat avec ONU Femmes, a sensibilisé le 12 juillet 2026 les élèves de l’Ecole fondamentale (ECOFO) Rundo aux violences basées sur le genre (VBG). L’activité s’inscrivait dans le cadre du projet d’introduction des cantines d’excellence. Elle s’est déroulée à l’ECOFO Rundo, située au quartier Matonge, dans la zone Bubanza commune Mpanda de la province Bujumbura. Les échanges ont ciblé notamment les membres des clubs scolaires. Ils ont porté sur les différentes formes de violences, les droits des femmes et des filles ainsi que le rôle des élèves dans leur prévention.

Emmanuel Tugirimugisha, attaché  du  projet, représentait les organisateurs lors de cette rencontre. Il a expliqué aux élèves que la prévention des VBG commence par la connaissance des droits. Selon lui, un jeune doit être capable de reconnaître une situation de violence avant de pouvoir contribuer à la combattre. Le message concernait aussi bien les filles que les garçons. « Les jeunes doivent connaître leurs droits et savoir reconnaître les comportements qui portent atteinte à la dignité d’une personne », a-t-il déclaré.

Reconnaître les différentes formes de violence

La sensibilisation ne s’est pas limitée aux violences physiques. Les élèves ont été informés sur les violences sexuelles et psychologiques, mais aussi sur le harcèlement, les menaces, les insultes et les humiliations. Certaines de ces violences sont visibles, tandis que d’autres peuvent rester cachées pendant longtemps. Elles peuvent pourtant avoir des conséquences importantes sur la vie des victimes. « Une violence n’est pas seulement le fait de frapper quelqu’un », a expliqué Tugirimugisha.

Il a invité les élèves à ne pas considérer les insultes et les humiliations comme de simples plaisanteries. Selon lui, certains comportements banalisés peuvent progressivement devenir des formes de violence. Une parole considérée comme anodine par son auteur peut avoir un effet profond sur la personne qui la reçoit. La banalisation peut également favoriser la répétition de certains comportements. « Ce que nous considérons parfois comme une plaisanterie peut blesser profondément une autre personne », a-t-il ajouté.

Les échanges ont également porté sur les conséquences des violences sur la scolarité des filles. Une élève victime de harcèlement peut perdre confiance en elle, s’isoler ou rencontrer des difficultés dans ses études. Dans certaines situations, les violences peuvent même contribuer à l’abandon scolaire. La lutte contre les VBG constitue donc aussi un enjeu pour le maintien des filles à l’école. « Une fille a le droit d’aller à l’école, d’apprendre et de préparer son avenir », a rappelé Tugirimugisha.

L’attaché au projet a également insisté sur le droit des filles à la dignité et à la sécurité. Il a expliqué que ces droits ne doivent pas être considérés comme des privilèges. Les élèves ont été invités à comprendre que la protection des filles concerne l’ensemble de la communauté scolaire. « Les droits des femmes et des filles sont des droits humains », a-t-il déclaré. Il a appelé les garçons à jouer pleinement leur rôle dans la prévention des violences.

Les garçons ont ainsi été encouragés à remettre en question les comportements discriminatoires dans leur entourage. Ils doivent notamment faire attention à la manière dont ils parlent aux filles et les considèrent. Les élèves ont également été invités à rejeter les insultes, les humiliations et les comportements de domination. « Respecter une fille n’est pas une faveur », a souligné Tugirimugisha. Il a ajouté que la force ne doit pas être utilisée pour intimider ou dominer les autres.

« Nous avons besoin de garçons qui comprennent que la force ne signifie pas dominer ou faire peur aux autres », a déclaré Tugirimugisha. Il a encouragé les élèves à devenir des exemples positifs auprès de leurs camarades. Les filles, de leur côté, ont été invitées à connaître leurs droits et à parler lorsqu’elles rencontrent une difficulté. Les élèves ont également été encouragés à s’opposer aux comportements qui peuvent favoriser les violences. La prévention doit ainsi commencer par les attitudes quotidiennes au sein de l’école.

L’école appelée à protéger et à écouter

Pour Benjamin Nsabimana, directeur de l’ECOFO Rundo, l’école joue un rôle important dans la prévention des violences. Elle ne doit pas seulement transmettre des connaissances scolaires, mais aussi contribuer à former des jeunes respectueux des droits des autres. Les enseignants doivent rester attentifs aux comportements susceptibles d’affecter les élèves. L’établissement doit également offrir un cadre dans lequel les jeunes peuvent parler de leurs difficultés. « Un élève qui vient signaler un problème doit savoir qu’il sera écouté », a déclaré Nsabimana.

Les clubs scolaires peuvent renforcer ce travail de prévention au sein de l’établissement. Ils offrent aux élèves un espace d’échange et permettent de transmettre les messages à leurs camarades. Les membres des clubs sont souvent proches des autres élèves et peuvent être parmi les premiers à remarquer certaines difficultés. « Les élèves passent beaucoup de temps ensemble », a expliqué Nsabimana. « Ils peuvent donc être les premiers à constater certains comportements ou certaines difficultés », a-t-il ajouté.

Le directeur a toutefois rappelé que les élèves ne doivent pas chercher à régler seuls les situations graves. Leur rôle peut consister à écouter une victime et à l’encourager à demander de l’aide. Ils doivent ensuite orienter la personne concernée vers un adulte de confiance ou une structure compétente. Cette précaution vise à éviter que les élèves se retrouvent eux-mêmes exposés à des situations qu’ils ne sont pas capables de gérer. La prévention repose donc aussi sur la capacité à savoir quand et vers qui demander de l’aide.

Briser le silence et devenir acteur du changement

La question du silence a occupé une place importante dans les échanges. Certaines victimes hésitent à parler des violences qu’elles subissent par peur, honte ou crainte d’être rejetées. D’autres peuvent craindre d’être accusées ou de ne pas être crues par leur entourage. Les élèves ont été invités à adopter une attitude d’écoute lorsqu’un camarade leur confie une situation de violence. « Lorsqu’une personne vous parle d’une violence, écoutez-la d’abord », a conseillé Tugirimugisha.

Les élèves ont également été invités à ne pas culpabiliser les victimes. La responsabilité d’une violence revient à son auteur et non à la personne qui la subit. Les organisateurs ont insisté sur la nécessité de combattre les discours qui cherchent à justifier les violences par la tenue, le comportement ou les fréquentations d’une fille. « La tenue d’une fille, sa manière de parler ou ses fréquentations ne justifient jamais une violence », a insisté Tugirimugisha. Pour les participants, briser le silence constitue une étape importante dans la protection des victimes.

Pour le directeur de l’ECOFO Rundo, la sensibilisation doit se poursuivre après le départ des organisateurs. Les enseignants peuvent reprendre ces messages dans la vie quotidienne de l’établissement. Les clubs scolaires peuvent également organiser d’autres échanges avec leurs camarades. « Une seule activité ne suffit pas », a déclaré Nsabimana. Il estime que la prévention des VBG doit devenir un travail continu au sein de l’école.

Le président du club scolaire a, lui aussi, insisté sur la responsabilité des élèves. Il estime que les connaissances acquises pendant la séance doivent être partagées avec les autres camarades. Pour lui, le changement doit d’abord commencer par les comportements quotidiens. « Nous devons montrer l’exemple à nos camarades », a-t-il déclaré. Il a notamment appelé les élèves à éviter les insultes et les humiliations et à respecter filles et garçons de la même manière.

Il a également encouragé les élèves à être attentifs aux camarades confrontés à des difficultés. Selon lui, il ne faut pas se moquer d’une personne qui rencontre un problème ou qui ose parler d’une violence. « Nous devons apprendre à écouter et à aider au lieu de garder le silence », a-t-il ajouté. Cette attitude peut permettre à une victime de se sentir suffisamment en sécurité pour chercher de l’aide. Elle peut également contribuer à créer un environnement scolaire plus respectueux.

A l’ECOFO Rundo, la sensibilisation a ainsi placé les élèves au centre de la prévention des violences basées sur le genre. Ils ne sont pas seulement destinataires des messages, mais peuvent aussi devenir des relais auprès de leurs camarades. Leur rôle reste toutefois limité lorsqu’une situation dépasse leurs capacités. « Lorsqu’une situation dépasse leurs capacités, ils doivent savoir vers qui se tourner », a rappelé Tugirimugisha. Le défi consiste désormais à transformer les connaissances acquises en comportements quotidiens.

Refuser une insulte, soutenir un camarade victime de harcèlement ou signaler une situation préoccupante peuvent constituer des premiers pas. Les élèves peuvent également contribuer à faire évoluer les attitudes au sein de leur école et dans leur entourage. Le directeur de l’ECOFO Rundo compte sur les clubs scolaires pour maintenir cette dynamique. Les organisateurs souhaitent, de leur côté, que les messages de prévention continuent à circuler après la séance. « Le changement commence par chacun de nous », a conclu Tugirimugisha.