MUKAZA, 19 oct (ABP) – Le Burundi doit renforcer la coordination entre les pouvoirs publics, les entreprises, les universités et les jeunes innovateurs pour devenir un producteur de solutions numériques adaptées aux besoins locaux, a déclaré Matendo Fernand, expert en économie numérique dans une interview accordée à l’ABP.
Selon lui, le développement du secteur numérique ne dépend pas uniquement des infrastructures, des financements et des compétences, mais aussi de la capacité des différents acteurs à travailler ensemble pour identifier les besoins de la population et y apporter des réponses concrètes.
« Ce qui manque, c’est la coordination », a-t-il souligné, appelant à la mise en place d’un écosystème numérique national favorisant la mutualisation des compétences, des ressources et des infrastructures.
Matendo a également relevé que certains jeunes utilisent les technologies principalement comme des outils de loisir ou dans l’espoir d’obtenir un emploi salarié, au lieu de les exploiter pour créer des entreprises et développer des solutions innovantes.
Il les a encouragés à s’engager davantage dans la recherche et l’entrepreneuriat afin de répondre aux problèmes rencontrés dans les communautés et les différents secteurs d’activité.
Concernant le financement, Matendo Fernand a estimé que les crédits ne suffisent pas toujours à soutenir l’innovation, qui nécessite des recherches, des expérimentations et la réalisation de prototypes.
Il a ainsi plaidé pour la création de fonds d’innovation capables d’accorder des subventions aux jeunes porteurs de projets, afin de leur permettre de tester leurs idées avant leur mise en œuvre à grande échelle.
S’agissant des infrastructures, il a indiqué que le Burundi dispose déjà d’une base numérique, notamment grâce à la fibre optique, mais que les investissements dans ce domaine doivent s’accompagner du développement de contenus et de services locaux. « C’est comme si vous pouviez construire une autoroute dans un environnement où il n’y a pas de véhicules », a-t-il illustré, soulignant l’importance de concevoir des applications répondant aux besoins réels des utilisateurs.
Pour cet expert, la souveraineté numérique consiste notamment à utiliser les technologies pour résoudre les problèmes locaux. Il a insisté sur la nécessité d’associer les bénéficiaires à la conception des solutions, citant notamment les agriculteurs pour les applications destinées au secteur agricole et les professionnels de la santé pour les outils numériques médicaux.
A cette occasion, Matendo Fernand a appelé à une collaboration étroite entre les institutions publiques, les entreprises privées, les universités et la population, soulignant que cette démarche pourrait permettre au Burundi de renforcer progressivement sa capacité à produire des solutions numériques adaptées à ses réalités et de mieux se positionner dans l’économie numérique africaine.

