MUKAZA, 12 mai (ABP) – Le président du Mouvement burundais pour l’agriculture biologique (BOAM), Adrien Sibomana, estime que la dépendance des pays africains aux fertilisants et pesticides importés constitue un défi majeur pour la souveraineté agricole et alimentaire du continent.
Dans une interview accordée à l’ABP, M. Sibomana a indiqué que l’utilisation massive des engrais chimiques et des pesticides trouve son origine dans les conséquences des deux guerres mondiales, particulièrement après la seconde guerre mondiale.
Selon lui, les investissements réalisés dans la recherche sur les armes chimiques ont ensuite été réorientés vers la fabrication des pesticides et insecticides utilisés dans l’agriculture. Il a expliqué que certains produits chimiques employés dans l’agriculture moderne ont des effets néfastes sur les sols.
« Les engrais chimiques dopent la plante, mais ne fertilisent pas le sol. Au contraire, ils l’abîment », a-t-il souligné, ajoutant que ces produits acidifient et assèchent les terres agricoles, tout en détruisant les micro-organismes indispensables à la fertilité des sols.
D’après lui, plusieurs pays africains, y compris le Burundi, ont adopté après les indépendances des modèles agricoles inspirés des systèmes occidentaux, misant largement sur les intrants chimiques importés. Une situation qui, selon lui, fragilise davantage les économies africaines en raison de la dépendance aux devises étrangères pour l’achat des fertilisants et pesticides.
M. Sibomana a également fait remarquer que les perturbations géopolitiques internationales, notamment dans certaines régions productrices d’intrants chimiques, risquent d’aggraver l’insécurité alimentaire dans les pays fortement dépendants des importations agricoles.
Pour le président du BOAM, le Burundi devrait saisir cette situation comme une opportunité pour promouvoir davantage l’agriculture biologique et réduire progressivement l’utilisation des intrants importés. « Nous pourrions assez facilement nous débarrasser de ces intrants et pratiquer une agriculture qui sauvegarde l’environnement et qui soit rentable si elle est bien menée », a-t-il déclaré.
Concernant les biofertilisants, M. Sibomana estime qu’ils représentent une alternative durable et accessible aux agriculteurs africains. Il a expliqué que ces fertilisants naturels peuvent être produits localement grâce aux ressources disponibles dans la nature, contrairement aux fertilisants chimiques qui nécessitent des matières premières industrielles.
Selon lui, la souveraineté alimentaire de l’Afrique passe nécessairement par le développement d’une agriculture fondée sur les ressources locales et moins dépendante des importations. Il a rappelé que l’Union Africaine avait déjà encouragé les Etats membres à promouvoir l’agriculture biologique afin de renforcer la sécurité alimentaire et protéger l’environnement.
Le président du BOAM a enfin attiré l’attention sur les risques sanitaires liés à certains produits chimiques utilisés dans l’agriculture, affirmant que plusieurs études évoquent leurs effets néfastes sur la santé humaine.
A cette occasion, il a ainsi appelé les autorités africaines et les agriculteurs à privilégier des pratiques agricoles durables capables de préserver les sols, protéger la santé de la population et garantir l’indépendance alimentaire du continent.

