MUKAZA, 26 mai (ABP) – « La définition du concept de liberté s’articule actuellement autour de l’autonomie réelle des structures de pensée et de subsistance », a déclaré l’ancien président du Burundi, Domitien Ndayizeye, président du panel des sages de l’Union africaine, s’adressant aux jeunes Africains en général et burundais en particulier.
C’était lors d’un panel organisé à l’occasion de la célébration de la Journée de l’Afrique, célébrée lundi 25 mai 2026 à Bujumbura.
Lors de ce panel, M. Ndayizeye a indiqué que la jeunesse contemporaine ne subit plus la domination coloniale directe, mais qu’elle se heurte à des défis systémiques qui aliènent sa capacité d’action.
D’après lui, la fragilité des systèmes éducatifs africains, caractérisée par une inadéquation chronique entre les compétences transmises et les structures mouvantes du marché de l’emploi, génère une précarité économique endémique.
Trop souvent dans la région des Grands Lacs, explique-t-il, la jeunesse se retrouve prise au piège de l’instrumentalisation politique, reléguée au rôle de force de mobilisation partisane plutôt qu’investie comme un vivier d’idées nouvelles et de réformes structurelles. Il a signalé par ailleurs qu’une telle situation engendre un paradoxe dialectique.
Dans des cas pareils, a-t-il poursuivi, l’université, conçue comme le temple de l’émancipation intellectuelle, se transforme en un lieu de reproduction des conformismes et des dépendances matérielles.
M. Ndayizeye est également revenu sur le défi démographique et celui de l’emploi des jeunes, auxquels il faut, selon lui, accorder une attention particulière. « Avec une population qui devrait doubler d’ici 2050, l’Afrique devrait créer environ 20 millions d’emplois par an pour faire face à ce défi », a-t-il expliqué.

Parlant du système éducatif, il a signalé que celui-ci, encore largement hérité du modèle colonial, ne prépare pas suffisamment les jeunes aux réalités d’une économie numérique et verte. Il a également souligné que, dans la plupart des pays africains, l’on constate un dysfonctionnement du modèle éducatif.
Il a notamment cité le manque de ressources budgétaires, la surcharge des classes universitaires, le départ massif d’enseignants qualifiés vers d’autres horizons, la faiblesse des infrastructures de recherche ainsi que la baisse générale de la qualité de l’apprentissage, qui constituent, selon lui, des obstacles majeurs à l’émancipation individuelle et collective.
D’après lui, à ces contraintes matérielles s’ajoutent parfois des pressions de nature politique ainsi que des logiques de favoritisme qui pervertissent les principes d’équité et de méritocratie.
Pour trouver une solution à ces problèmes, M. Ndayizeye a souligné que la génération qui porte aujourd’hui l’avenir de l’Afrique est la première à avoir grandi entièrement après les indépendances. Selon lui, cette génération est plus connectée, plus informée, plus mobile et plus impatiente ; dès lors, le combat pour la véritable libération lui appartient.

