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Grenier de l'information au Burundi

L’évolution préoccupante des paramètres climatiques, une évidence au Burundi

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Mar 24, 2026
Le Consultant Neya Tiga, lors de son exposé

MUKAZA, 19 mars (ABP) – L’Office Burundais pour la Protection de l’Environnement a organisé, du lundi 17 au vendredi 20 mars 2026, un atelier consacré au rôle stratégique du système de mesure, rapportage et vérification (MRV/MNV) ainsi qu’au mécanisme de suivi des Contributions Déterminées au niveau National (CDN), a constaté l’ABP sur place.

Les Contributions Déterminées au niveau National (CDN) sont des plans d’action climatique nationaux élaborés par les pays signataires de l’Accord de Paris sur le climat. Elles détaillent les efforts de chaque État pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre et s’adapter au réchauffement, avec des mises à jour ambitieuses tous les 5 ans, a-t-on appris sur place.

Les CDN sont, donc, l’engagement concret de chaque nation pour lutter contre le changement climatique, révisé périodiquement pour accélérer l’action. Elles incluent des objectifs d’atténuation (réduction des émissions), des stratégies d’adaptation, et les besoins de financement pour les mettre en œuvre. Elles couvrent généralement l’énergie, l’agriculture, les forêts, les procédés industriels et les déchets. L’objectif principal étant de limiter le réchauffement planétaire bien en dessous de 2°C, et si possible à 1,5°C.

Une participante s’exprimant lors des échanges

À cette occasion, le consultant international en MRV, Neya Tiga, a présenté les principaux enjeux liés aux CDN 3ème génération au Burundi, en mettant en évidence l’évolution préoccupante des paramètres climatiques. Selon lui, la température moyenne du pays a augmenté de 0,31 degré Celsius par décennie entre 1979 et 2018, selon les données de la Banque Mondiale, tandis que les précipitations deviennent de plus en plus irrégulières, alternant entre inondations dévastatrices et sécheresses sévères. Il a précisé que les régions du Nord-Est et de l’Est sont particulièrement vulnérables sur le plan socio-économique, alors que l’Ouest et le Nord-Ouest sont davantage exposés aux risques climatiques. Ces perturbations ont déjà entraîné des crises récurrentes marquées par des inondations, des sécheresses prolongées et une érosion côtière liée à la montée des eaux du lac Tanganyika. Le consultant a indiqué qu’en novembre 2024, plus de 92 000 personnes ont été déplacées à la suite de catastrophes climatiques, selon l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM).

Il a souligné que l’agriculture de subsistance, principale activité économique du pays, reste extrêmement vulnérable aux variations climatiques, entraînant des pertes importantes de cultures, de bétail et d’habitations, notamment dans les zones montagneuses et riveraines.

Par ailleurs, il a fait savoir que la forte dépendance au bois pour la cuisson, estimée à environ 95 %, contribue à la pollution de l’air intérieur et à une déforestation accélérée. À cela s’ajoutent la dégradation des sols et des ressources en eau, exacerbée par la croissance démographique et l’exploitation intensive des terres, ainsi que l’augmentation des tensions sociales liées à la rareté des ressources naturelles.

S’agissant des impacts humanitaires, Neya Tiga a indiqué que 105 000 personnes ont été affectées par les aléas climatiques entre 2020 et 2021, dont 45 000 déplacées internes, tandis que 600 000 personnes avaient besoin d’une assistance humanitaire en 2023, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires.

Sur le plan économique et social, il a relevé que l’agriculture, qui emploie plus de 80 % de la population active, est fortement touchée par la variabilité climatique, contribuant à une inflation alimentaire estimée à 40,9 % en mai 2023.

Il a également noté que les conflits fonciers représentent désormais près de 85 % des litiges judiciaires, une situation aggravée par la dégradation des terres et les catastrophes naturelles.

Les communautés rurales, en première ligne face aux effets des changements climatiques, subissent de lourdes pertes de terres cultivables, d’habitations et de moyens de subsistance. Leur capacité d’adaptation demeure limitée, la majorité de la population ne disposant pas de ressources suffisantes pour faire face aux chocs climatiques, dans un contexte marqué par la pauvreté et la fragilité post-conflit.

Malgré ces défis, le consultant a signalé l’existence de certaines initiatives encourageantes, notamment les programmes de travail rémunéré, les caisses de résilience, la promotion de l’agriculture intelligente face au climat et le développement du maraîchage avec petite irrigation.

Il a recommandé de renforcer la résilience climatique à travers la restauration des paysages et la sécurisation foncière, d’investir dans des infrastructures d’adaptation pour la gestion de l’eau et des terres. Tiga a également interpellé à la promotion de la gestion communautaire et la diversification économique, afin d’impliquer davantage les populations, dans la gestion durable des ressources naturelles.