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Accidents de la route au Burundi, une problématique croissante de santé publique

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Juil 20, 2024

BUJUMBURA, 20 juillet ( ABP) – Chaque jour ou presque, les routes burundaises font de nouvelles victimes. Si les accidents sont souvent attribués à l’imprudence des conducteurs, l’analyse des données et les témoignages des acteurs du secteur révèlent une réalité plus complexe. Dégradation des infrastructures, véhicules en mauvais état, insuffisance des contrôles et comportements à risque se conjuguent pour alimenter un phénomène qui représente désormais un véritable enjeu de santé publique et de développement.

Selon le Rapport mondial sur la sécurité routière publié en décembre 2023 par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), 1,19 million de personnes meurent chaque année dans des accidents de la route à travers le monde, tandis que 20 à 50 millions d’autres sont blessées. Les accidents de la circulation constituent aujourd’hui la première cause de décès chez les enfants et les jeunes âgés de 5 à 29 ans, illustrant l’ampleur de ce problème de santé publique.

Une hausse préoccupante des accidents

Les gestionnaires de la sécurité routière tirent la sonnette d’alarme. En 2023, le Burundi a enregistré 6 742 accidents de la route contre 6 059 en 2022, soit une augmentation de 11,27 %. Selon Désiré Niyongabo, commandant adjoint de l’Unité de Police de Roulage et Sécurité Routière (UPR-SR), cette situation constitue une préoccupation majeure. Au-delà des pertes en vies humaines, les accidents entraînent des blessures parfois graves et affectent durablement les revenus des ménages, tout en pesant sur le trésor public. Même si le nombre de décès a diminué, le bilan reste lourd. En 2023, 601 personnes ont perdu la vie, contre 802 en 2022. Le nombre de blessés a également reculé, passant de 3 389 à 3 142.

Des routes qui brisent des vies

Sur le terrain, les usagers de la route constatent eux aussi une dégradation de la situation. « Ces derniers temps, les accidents routiers se multiplient en mairie de Bujumbura. Et ils emportent plusieurs vies humaines », déplore  Jean Bosco Nibigira, conducteur de véhicule résidant dans la zone Bwiza. A ses yeux, l’excès de vitesse, le non-respect des panneaux de signalisation et la violation des feux tricolores figurent parmi les principales causes.

Au-delà du facteur humain, des routes en mauvais état

Toutefois, réduire les accidents à l’indiscipline des conducteurs serait simpliste. Pour Nixon Habonimana, représentant légal de l’Observatoire de la sécurité routière, l’état de la voirie urbaine joue également un rôle déterminant. « Plusieurs endroits de la voirie urbaine sont jonchés de nids-de-poule qui gênent la circulation. Certains usagers empruntent même les trottoirs réservés aux piétons », observe-t-il.

Selon lui, dans plusieurs quartiers de Bujumbura, l’asphalte a pratiquement disparu. Les conducteurs peinent à céder le passage, ce qui augmente le risque de collision. Plus grave encore, il dénonce une dégradation progressive des infrastructures sous « l’œil complaisant » des autorités chargées de leur entretien. Outre les chaussées dégradées, l’absence ou l’insuffisance des panneaux de signalisation, le dysfonctionnement des feux tricolores ainsi que les virages dangereux sont autant de facteurs qui favorisent les accidents.

Des véhicules parfois inaptes à circuler

L’état du parc automobile constitue un autre maillon faible. D’après l’Observatoire de la sécurité routière, plusieurs véhicules circulent dans des conditions techniques discutables. Nixon Habonimana dénonce également un traitement inégal lors des contrôles techniques. « Ce sont surtout les véhicules des particuliers qui sont concernés. Ceux de l’Etat sont rarement soumis à cet exercice », affirme-t-il.

Ivresse au volant, téléphone et vitesse excessive, un cocktail dangereux

A ces problèmes structurels s’ajoutent les comportements à risque. Conduite sous l’effet de l’alcool ou de stupéfiants, fatigue, excès de vitesse, manœuvres dangereuses, refus de priorité ou encore non-respect des feux tricolores figurent parmi les facteurs régulièrement relevés par les services de police. Le commandant adjoint de l’UPR-SR souligne également que certains conducteurs prennent le volant sans permis ou avec de faux documents, tandis que d’autres manquent tout simplement d’expérience.

Par ailleurs, le mauvais chargement des marchandises, l’utilisation du téléphone portable au volant ou encore le port d’écouteurs pendant la conduite aggravent davantage les risques. Les cyclistes qui circulent sans assurance sur les grands axes routiers sont eux aussi pointés du doigt.

Cette réalité fait écho aux constats de l’OMS, selon lesquels plus de 50 % des décès sur les routes concernent des usagers vulnérables, notamment les piétons, les cyclistes et les motocyclistes, des catégories particulièrement exposées dans les pays en développement.

Des moyens de contrôle encore limités face à l’ampleur du phénomène

Face à l’ampleur du problème, les acteurs du secteur reconnaissent que les moyens de contrôle restent limités. « Suite à l’insuffisance des moyens de contrôle, certains conducteurs ou transporteurs se la coulent douce. Que la loi soit strictement appliquée », plaide Jadot Nzitunga, président de l’Association des motards et taximen du Burundi (AMOTABU).

Il salue toutefois la mesure consistant à suspendre temporairement ou définitivement le permis de conduire des conducteurs récidivistes. De son côté, Roger Bankibigwira, commandant de la Police spéciale de roulage, reconnaît l’insuffisance des équipements, notamment des radars de contrôle de vitesse. Il se félicite néanmoins de la mise en service de l’alcotest, désormais fonctionnel.

La sécurité routière à l’heure des réformes attendues

Pour inverser la tendance, plusieurs pistes sont envisagées. L’UPR-SR recommande notamment de renforcer l’éducation routière et de sensibiliser les usagers aux premiers secours. La digitalisation du système de contrôle, l’installation de caméras de surveillance, la création d’un centre opérationnel de suivi du trafic ainsi que la réhabilitation des arrêts de bus figurent également parmi les solutions avancées.

La Police spéciale de roulage envisage, quant à elle, de dévier les poids lourds du centre-ville de Bujumbura afin de réduire les risques d’accidents. De son côté, l’Association des transporteurs du Burundi projette de mettre en place un centre de formation et de recyclage destiné aux conducteurs déjà en activité. Des campagnes de sensibilisation dans les écoles sont également prévues.

L’urgence d’une approche globale

Pour les experts et les associations du secteur, la lutte contre les accidents de la route ne saurait se limiter à la répression. « Il faut une tolérance zéro sur les routes », insiste Nixon Habonimana. Mais au-delà des sanctions, plusieurs voix plaident pour une approche plus globale, combinant infrastructures adaptées, véhicules conformes, contrôles efficaces et changement des comportements.

L’OMS rappelle que 90 % des décès liés aux accidents de la route surviennent dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, alors que ces pays ne possèdent qu’environ 60 % du parc mondial de véhicules. L’organisation estime également que les accidents de la circulation coûtent en moyenne 3 % du produit intérieur brut (PIB) des pays, en raison des dépenses de santé, des pertes de productivité et des dommages matériels.

Au Burundi, ces constats prennent tout leur sens. Derrière chaque accident se cachent des familles endeuillées, des blessés parfois handicapés à vie et des coûts économiques considérables pour le pays. Tant que les causes profondes ne seront pas traitées – infrastructures dégradées, insuffisance des contrôles, vétusté des véhicules et comportements à risque –, les routes burundaises continueront de payer un lourd tribut.

Par Jean de Dieu Ndikumasabo

 

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