BUTANYERERA, GITEGA, 11 déc (ABP) – Dans les communes Ngozi et Gitega, la population commence à prendre pleinement conscience de l’importance des mutuelles communautaires de santé. Les chiffres d’adhésion sont en nette progression, même si les responsables reconnaissent que le chemin reste encore long.
Les statistiques concernant les femmes sont particulièrement impressionnantes, témoignant d’une mobilisation croissante autour de la protection sociale. Ces constats ont été relevés lors d’une visite de terrain organisée du 4 au 5 décembre 2025 par le Conamus (Confédération nationale des mutuelles communautaires de santé) à l’intention des journalistes mutualistes.
La Vision Burundi 2040-2060 place les mutuelles communautaires au cœur de la politique nationale de protection sociale, notamment dans le domaine de la santé. Son deuxième axe stratégique, consacré au développement humain, insiste sur la nécessité d’investir dans les services de santé et de garantir l’accès aux services sociaux de base.
Frédéric Nizigiyimana, coordinateur régional de la région Centre au sein de la Monasa Twitwararikane, souligne un véritable réveil de la population en matière d’adhésion aux mutuelles communautaires. « Au niveau national, en 2024, la Monasa comptait 96 265 bénéficiaires, dont 45 659 hommes et 50 606 femmes. En 2025, la région Centre qui regroupe les anciennes provinces de Gitega, Karusi et Mwaro totalise 169 632 bénéficiaires, parmi lesquels 78 766 hommes et 90 866 femmes », a-t-il précisé.

Interrogée sur la forte adhésion des femmes, Euphrasie Muhorakeye, présidente de la mutuelle Tubabarane de Mubuga à Ngozi, explique : « Les femmes sont les premières à se rendre, à plusieurs reprises, dans les formations sanitaires, et ce sont elles qui font face aux difficultés liées aux soins. Comptez combien de fois une femme se rend à l’hôpital lorsqu’elle est enceinte. Après l’accouchement, c’est elle qui assure le suivi de tous les vaccins de son enfant. Quand un enfant tombe malade, c’est le plus souvent la mère qui l’emmène à l’hôpital. Et lorsque le mari est malade, il est généralement accompagné par sa femme, ce qui n’est pas toujours le cas dans l’autre sens. »
Elle a ajouté que les femmes comprennent que les mutuelles contribuent directement à l’amélioration des conditions de vie, à la réduction des inégalités et à l’accès aux services sociaux de base, jouant un rôle clé dans la construction d’un pays paisible où personne ne meurt de causes évitables. Mme Muhorakeye appelle ainsi toutes les personnes non affiliées à un autre mécanisme d’assurance à rejoindre les mutuelles communautaires.

Christine Sibomana, originaire de Mwumba, témoigne également de l’apport concret des mutuelles : « Grâce aux mutuelles, il est facile de se faire soigner dès les premiers symptômes d’une maladie. En plus, le prix des médicaments devient abordable. » Même son de cloche pour Alexis Nahayo, président de la mutuelle Dutabarane de la commune Muramvya, qui insiste sur l’inter-mutualité permettant aux membres de se faire soigner partout sur le territoire burundais, l’entraide entre adhérents et le suivi des patients affiliés.
En termes de couverture financière, les mutuelles communautaires offrent des avantages considérables. Dans les centres de santé publics, le membre paie 20 % de la facture et la mutuelle 80 %. Dans les centres confessionnels, la répartition est de 40 % pour le patient et 60 % pour la mutuelle. À l’hôpital public, le patient prend en charge 30 % des coûts, contre 70 % pour la mutuelle.
Dans les CDS privés et les hôpitaux confessionnels, la contribution est partagée à parts égales, soit 50 % pour chacun. Malgré ces progrès, des défis subsistent. Le manque de médicaments dans certaines formations sanitaires reste préoccupant, tout comme l’accueil parfois insuffisant réservé aux mutualistes.
«Certains patients ne comprennent l’importance de la mutuelle qu’après être tombés malades », regrette M. Nahayo. Il dénonce également l’usage abusif des cartes d’assurance-maladie par des personnes qui ne sont pas considérées comme démunies, ce qui fragilise le système mutualiste.


