MUKAZA, 12 juin (ABP) – Le Réseau des centres des personnes handicapées du Burundi (RCPHB), à travers le programme Pied Bot du Burundi, a célébré, le 3 juin 2026 à Bujumbura, la Journée mondiale du pied bot, édition 2026, couplée au 15ᵉ anniversaire du programme lancé en 2011. Les festivités se sont déroulées sous le thème « Voir tôt, traiter tôt, marcher librement ».
Selon le responsable du programme Pied Bot au Burundi, Ladislas Butoyi, cet anniversaire marque quinze années d’engagement continu en faveur de la prévention du handicap et de la prise en charge des enfants nés avec un Pied bot.
Il a indiqué que depuis le lancement du programme en 2011, plus de 5 000 enfants ont déjà été pris en charge à travers le pays. « La grande majorité de ces enfants marchent aujourd’hui normalement, sans handicap apparent, grâce à la correction de leur malformation. Ils ont retrouvé une fonction normale du pied et une vie comparable à celle des autres enfants », a-t-il souligné.
M. Butoyi a également rappelé que le programme a permis la mise en place de neuf centres de traitement répartis sur le territoire national, facilitant ainsi l’accès aux soins. Il s’agit notamment de l’Institut orthopédique de Bujumbura, de l’hôpital de Cibitoke, de l’hôpital de Rumonge, de l’hôpital de district de Kirundo, de l’hôpital Mivo à Ngozi, de l’hôpital Rema à Ruyigi, du Centre national d’appareillage et de rééducation de Gitega, du Centre Saint Jean Bosco de Muyinga ainsi que du Centre des handicapés Saint-Bernard de Makamba. Ces structures permettent d’assurer une prise en charge de proximité des enfants atteints de pied bot dans différentes régions du pays, a-t-il ajouté.
Le responsable du programme a également indiqué que près de 200 prestataires de soins, notamment des médecins, des infirmiers et des kinésithérapeutes, ont été formés à la prise en charge du pied bot selon la méthode de Ponseti. Ces professionnels sont désormais en mesure d’assurer un traitement spécialisé et efficace, a-t-il rassuré.
Par ailleurs, environ 1 000 agents de santé communautaires ont été formés à la détection précoce et au référencement des cas vers les structures spécialisées. Des campagnes de sensibilisation ont également été organisées à l’endroit des professionnels de santé des structures publiques et privées afin de renforcer le dépistage précoce, a-t-il ajouté.
Le programme mène en outre des activités de sensibilisation à grande échelle auprès du grand public, notamment à travers les assemblées de marché, ainsi qu’auprès des responsables administratifs et religieux.
M. Butoyi a toutefois relevé plusieurs défis qui entravent encore la lutte contre le pied bot au Burundi. Il a notamment cité la pauvreté des familles, qui rend difficile le respect des rendez-vous hebdomadaires pendant la phase de correction, ainsi que les coûts de transport liés aux longues distances entre les foyers et les centres de prise en charge. Il a également évoqué les risques de récidive en cas d’interruption du traitement. « Lorsqu’il est interrompu, le pied bot peut réapparaître et compromettre les progrès déjà réalisés », a-t-il expliqué.
L’ignorance et certaines croyances constituent également un obstacle. Dans certaines communautés, le pied bot est encore perçu comme une malédiction ou la conséquence de fautes commises par les parents, ce qui retarde le recours aux soins. Un autre défi majeur reste le nombre limité de structures spécialisées. Le pays ne dispose que de neuf centres, ce qui demeure insuffisant pour couvrir l’ensemble du territoire national, a déploré M. Butoyi.
Il a salué les efforts du gouvernement, notamment la politique de gratuité des soins pour les enfants de moins de cinq ans et la contractualisation des services de santé, y compris la prise en charge du pied bot dans les structures partenaires. Il a également mis en avant l’appui de Hope Walks, qui contribue à l’accompagnement des familles, permettant ainsi à plus de 80 % des enfants concernés d’accéder au traitement.
Dans le cadre des partenariats, M. Butoyi a cité le soutien de la Banque mondiale à travers un consortium composé de CARE International, COPED et du RCPHB. Le programme entend poursuivre ses efforts de sensibilisation, de recherche de partenaires et de renforcement des capacités afin d’améliorer encore l’accès aux soins. « Nous voulons qu’aucun enfant au Burundi ne continue à souffrir d’un pied bot négligé, alors qu’un traitement efficace et accessible existe », a-t-il conclu.

