MUKAZA, 17 juin (ABP) – Le président de la République du Burundi et président en exercice de l’Union Africaine, Evariste Ndayishimiye, a convoqué mardi le 16 juin 2026, une réunion virtuelle de haut niveau des chefs d’Etat et de gouvernement africains et des partenaires sur la flambée de la maladie à virus Ebola, dans le but de mobiliser un soutien politique, financier, technique, logistique et opérationnel d’urgence afin de contenir cette flambée à sa source et de renforcer la préparation des pays à risque.
Dans son discours d’ouverture, le chef de l’Etat burundais a indiqué que la République démocratique du Congo et la République de l’Ouganda font face à une flambée de la maladie à virus Ebola causée par la souche Bundibugyo. « Au nom de l’Union africaine, j’exprime notre entière solidarité au président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, au président Yoweri Kaguta Museveni, aux gouvernements et aux peuples de la RDC et de l’Ouganda ainsi qu’aux agents de santé qui se trouvent en première ligne de la riposte », a-t-il déclaré.
Il a signalé que les chiffres disposés appellent à l’urgence. Au 15 juin 2026, 827 cas étaient confirmés, 194 décès et 53 guéris parmi les cas confirmés avaient été signalés en RDC et en Ouganda.
La flambée a touché 27 zones de santé en RDC et un district en Ouganda. La province de l’Ituri concentrant l’écrasante majorité des cas, tandis que la situation en Ouganda reste contenue mais nécessite une vigilance et un soutien soutenus. « Nous sommes également profondément préoccupés par les infections chez le personnel de santé, car protéger les soignants est indispensable pour protéger les communautés et maintenir la riposte ».
La note conceptuelle de cette réunion met en évidence plusieurs lacunes opérationnelles critiques : difficultés d’isolement des cas et de traçage des contacts, saturation des capacités de traitement en Ituri, insuffisance des équipes chargées des enterrements sûrs et dignes, faiblesses en matière de prévention et de contrôle des infections, préparation insuffisante des établissements de santé, méfiance des communautés et accès limité en raison de l’insécurité. « Nous devons donc agir avec rapidité et unité ».
Il a précisé que Africa CDC, en collaboration avec l’OMS et d’autres partenaires, a déjà activé l’Équipe continentale de gestion des incidents et contribué à finaliser un plan conjoint de riposte et de préparation d’un montant de 518 millions de dollars américains, lancé le 5 juin 2026. Au 8 juin 2026, les intentions de financement enregistrées s’élevaient à 208,5 millions de dollars seulement, mais les ressources effectivement reçues n’excédaient pas 100 millions de dollars. Cet écart entre les promesses et les fonds effectivement disponibles doit être comblé de toute urgence.
Pour ce faire, il a demandé aux gouvernements africains, les institutions financières africaines, le secteur privé et aux partenaires internationaux à transformer leurs engagements en ressources immédiates, flexibles et utilisables, en mobilisant au moins 100 millions de dollars pour renforcer la préparation dans tous les pays à risque.
Il a signalé que les pays exposés à une propagation transfrontalière ont besoin d’un appui pour la surveillance aux points d’entrée et de sortie, la détection et le signalement rapides, les systèmes de laboratoire, le traçage des contacts, la prévention et le contrôle des infections, la communication sur les risques, la préparation des établissements de santé, la disponibilité de personnel formé, d’ambulances, de générateurs et d’équipements de protection individuelle, ainsi que l’engagement communautaire.
Pour maintenir le bon fonctionnement des frontières, des chaînes d’approvisionnement et des corridors humanitaires, les orientations provisoires d’Africa CDC sont claires : les restrictions générales de voyage et les fermetures de frontières ne sont pas justifiées par les données de santé publique et risquent d’entraver la riposte en retardant le déploiement du personnel de santé, des fournitures d’urgence, des échantillons de laboratoire et d’autres ressources essentielles.
Les pays devraient plutôt adopter des mesures fondées sur des données probantes et sur l’évaluation des risques du Règlement sanitaire international, notamment le dépistage, la sensibilisation des voyageurs, la détection précoce, les mécanismes de notification, la préparation des établissements de santé et une coordination étroite avec les autorités nationales, Africa CDC, l’OMS et les partenaires régionaux.
Il a terminé ses propos en invitant les participants à se laisser guider par la science et non par la peur ; par la solidarité et non par l’isolement, tout en prenant d’engagements fermes pour financer 518 millions de dollars destinée à la riposte et à la préparation.
Le président de la Commission sur Ebola a, pour sa part, fait savoir dans son intervention, qu’Ebola nous rappelle avec force qu’une urgence sanitaire est à la fois une crise humanitaire immédiate et un défi structurel de long terme. Il a soutenu la réponse immédiate, expliquant que le temps est un facteur décisif.
Chaque jour compte. Chaque retard coûte des vies. Cela signifie financer rapidement le déploiement des équipes d’intervention, renforcer les capacités de surveillance et de diagnostic, assurer la prise en charge des patients, protéger les personnels de santé et soutenir les activités essentielles d’engagement communautaire.
La solidarité doit se traduire par des engagements concrets et immédiats. Il a également recommandé la responsabilité de construire une réponse structurelle et durable avec les capacités africaines qui permettront de prévenir, détecter et contenir rapidement les futures épidémies par la recherche et l’innovation.
L’Afrique doit être davantage associée aux efforts mondiaux de recherche scientifique et disposer des moyens nécessaires pour conduire ses propres programmes de recherche sur les maladies à potentiel épidémique. Les leçons récentes ont montré les limites d’une dépendance excessive aux chaînes d’approvisionnement extérieures. La sécurité sanitaire exige des capacités de production plus fortes sur notre continent.
Il a en outre souhaité d’investir dans ce qui constitue la première ligne de défense : « des systèmes de santé résilients » avec des personnels de santé formés et motivés, des laboratoires performants, des systèmes de surveillance efficaces, des infrastructures adaptées et des mécanismes de financement pérennes. Ces investissements ne serviront pas uniquement à lutter contre Ebola. Ils renforceront notre capacité à faire face à l’ensemble des menaces sanitaires futures.
