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Briser la stigmatisation liée à l’infertilité dans la communauté burundaise

ByAdministrateur

Sep 23, 2025
Christophe Armel Arakazandoruwanka

MUKAZA, 17 sept (ABP) – La stigmatisation liée à l’infertilité est un problème majeur qui engendre de profondes souffrances psychologiques et relationnelles pour les couples mariés, a indiqué le psychologue clinicien, Christophe Armel Arakazandoruwanka, lors d’une interview accordée à l’ABP.

Le psychologique Arakazandoruwanka a expliqué qu’on parle de l’infertilité féminine, quand il n’y a pas de conception après au moins une période supérieure ou égal à 12 mois avec des rapports conjugaux non protégés réguliers ou quand une femme atteinte l’âge de 35 ans sans concevoir. Et d’ajouter que dans le monde, une femme sur six (1/6) est concernée par ce problème d’infertilité.

Dans le contexte socio-culturel du Burundi, il a fait remarquer que l’infertilité est un phénomène qui est délicat, du fait que dans la société burundaise, les enfants sont perçus comme un don extraordinaire ayant une grande valeur, à la base de la stabilité des couples.

Il a cité certaines causes de l’infertilité dont la malformation ou dysfonctionnement au niveau de l’appareil génital féminin. Les ovules ou les spermes qui ne sont pas du tout prédisposés à suivre un développement normal, l’éjaculation retardée ou précoce chez hommes ainsi que d’autres troubles sexuels chez les femmes, ont été également citées comme causes d’infertilité. A cette occasion, il a signalé que l’infertilité au Burundi a des conséquences relationnelles au sein du couple dont le stress, les sentiments de culpabilité qui peuvent générer des tensions et des conflits au sein du couple. En plus, la femme infertile peut être tenue pour seule responsable de l’infertilité dans sa famille même dans la communauté, même lorsque la cause est masculine. Expliquant que les causes féminines et masculines sont les mêmes à 50% de l’infertilité, selon son analyse.

Francine Ndihokubwayo

Arakazandoruwanka a conseillé aux couples confrontés à ce problème, de faire des examens pour pouvoir comprendre leur état mais en vue de connaître les soins nécessaires. Ainsi, les couples mariés en particulier, doivent être éduqués à la santé de la reproduction avant la fécondation, arrêter de consommer certaines substances comme le tabac et l’alcool. Concernant le soutien psychologique, il a invité les couples mariés infertiles à consulter les psychologues, pour aider à réduire le stress psychologique lié à ce problème et les aider à consulter les médecins facilement. Il a aussi conseillé la communauté burundaise de ne pas stigmatiser les couples mariés infertiles, mais de les soutenir.

Il a exhorté le gouvernement du Burundi, à travers le ministère chargé de la santé, de continuer les programmes de sensibilisation, pour que toute la population puisse comprendre tous les aspects de la reproduction, les options de diagnostic précoce et le traitement de l’infertilité si possible. Il a aussi interpellé la communauté burundaise de traiter les couples infertiles comme les autres couples. Expliquant qu’il est temps de changer de mentalité et de briser la stigmatisation liée à l’infertilité.

« Ensemble, nous pouvons créer un environnement où les couples infertiles se sentent aimés, respectés et soutenus », a-t-il indiqué.

Jeanne Hakizimana, une femme qui qui habite en province de Bujumbura, commune Ntahangwa, quartier Kamenge et qui a subi la discrimination suite à son infertilité, a fait remarquer que l’infertilité n’est pas une faute, elle peut toucher n’importe qui, hommes comme femmes.

Et d’ajouter que, les violences liées à l’infertilité touchent fortement les femmes même si elles ne sont pas la cause. « Apres avoir consulté un médecin, j’ai découvert que mon mari avait un problème d’infertilité, j’ai gardé le secret, mais ma belle-famille m’a pointée du doigt que je suis la seule responsable, » a-t-elle expliqué Après 10 ans de mariage, elle et son mari ont décidé d’adopter un enfant pour rendre heureux leur couple et toute la famille, a-t-elle poursuivi. Selon elle, certains hommes et les belles familles jettent toujours le tort sur la femme dans un couple infertile. Mais en réalité, ce sont les tests qui donnent des résultats fiables, a-t-elle martelé. A cette occasion, Hakizimana a conseillé les couples en situation d’infertilité, d’adopter des enfants, ce qui peut diminuer la douleur liée à l’infertilité. Elle a aussi interpellé les familles qui ont des couples infertiles en leur sein, de ne pas les stigmatiser mais de les accompagner pour partager cette douleur au lieu de les ignorer.

Les journalistes peuvent informer le public sur les causes de l’infertilité, les traitements existants et le fait qu’elle est une maladie comme les autres, a indiqué la présidente de l’Association des Femmes Journalistes du Burundi (AFJO), Mme Francine Ndihokubwayo. Selon elle, le rôle des médias dans la lutte contre la stigmatisation de l’infertilité est crucial car, a-t-elle expliqué, c’est un problème de santé qui touche des millions de personnes dans le monde. Donc, les médias peuvent jouer un rôle positif en informant, en éduquant et en brisant la stigmatisation liée à l’infertilité.

Pour ce, la présidente de l’AFJO a invité les responsables des médias, d’utiliser leur expertise pour diffuser des informations factuelles à travers les reportages ou articles dans leurs médiums.