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Le Burundi ambitionne d’étendre la 4G aux zones rurales pour réduire la fracture numérique

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Avr 29, 2026

BUJUMBURA, 19 Jan (ABP)-En 2023, près de 90 % des Burundais n’avaient pas accès à Internet. Pour réduire cette fracture numérique, le gouvernement du Burundi, via le Programme d’appui aux fondations de l’économie numérique (PAFEN) et le Fonds de Service Universel (FSU), prévoit d’étendre la couverture 4G à 178 collines rurales, touchant environ 786 000 habitants. Le projet repose sur un modèle d’accès ouvert et de roaming national, avec des réseaux alimentés par énergies renouvelables, et s’inscrit dans la construction d’une infrastructure publique numérique (DPI) inclusive et durable.

Près de 90 % des Burundais n’avaient pas accès à Internet en 2023, selon les données de l’Union internationale des télécommunications (UIT). Ce déficit structurel d’accès numérique constitue l’un des principaux obstacles à l’inclusion numérique dans le pays. Pour y répondre, le gouvernement burundais, par l’intermédiaire du Fonds de service universel (FSU), a lancé un projet visant à étendre la couverture 4G à 178 divisions administratives rurales, appelées collines, avec pour objectif de toucher environ 786 000 personnes.

Cette initiative publique repose sur un appel d’offres destiné aux opérateurs de télécommunications, afin de proposer des solutions de connectivité pour les zones rurales mal desservies. Elle s’inscrit ainsi dans le cadre du Programme d’appui aux fondations de l’économie numérique (PAFEN), appuyé par plusieurs partenaires au développement, dont la Banque mondiale.

Vers une couverture 4G progressive pour l’inclusion numérique

 Sur le plan opérationnel, le déploiement de cette infrastructure numérique est prévu en trois phases, en fonction des niveaux existants de connectivité. La première phase concerne 17 collines disposant uniquement de la 2G, et ne bénéficiant ni de la 3G ni de la 4G. La deuxième phase cible 69 collines actuellement couvertes par la 2G de deux opérateurs. La troisième phase, quant à elle, porte sur 92 collines présentant une couverture 2G faible ou inexistante. Dans cette perspective, les délais de mise en œuvre sont respectivement fixés à 9, 14 et 18 mois pour chacune des phases.

Modèle d’accès ouvert et roaming national

 Selon les termes de l’appel d’offres, les opérateurs retenus devront cofinancer, concevoir, construire, posséder et exploiter les infrastructures, dans un modèle d’accès ouvert, permettant le roaming national. Ce modèle, caractéristique des infrastructures publiques numériques, vise à favoriser un accès équitable aux réseaux. Par ailleurs, les infrastructures déployées devront être résilientes face aux changements climatiques et alimentées par des énergies renouvelables.

 Infrastructure numérique d’intérêt général

En 2023, dans un contexte de forte inégalité d’accès numérique, 67,8 % de la population burundaise, alors estimée à 13,7 millions d’habitants, n’était pas couverte par la 4G. Parallèlement, le déficit de couverture atteignait 46,8 % pour la 3G et 3,2 % pour la 2G. En conséquence, le taux de pénétration d’Internet ne s’élevait qu’à 11,1 %, contre 20 % pour la téléphonie mobile.

Si les données de l’UIT pour 2023 mettaient déjà en évidence une faible pénétration de l’Internet au Burundi, les chiffres nationaux les plus récents nuancent sans pour autant infirmer ce constat. Selon le rapport des Indicateurs des TIC 2024 de l’ARCT, 26 % de la population avait accès à l’Internet en 2024, principalement via le mobile. Toutefois, alors que plus de la moitié de la population est couverte par la 3G (50,6 %), la couverture 4G reste limitée à 32,18 %. Cette situation révèle une fracture persistante entre disponibilité des infrastructures et accès réel à un Internet de qualité.

Pour répondre à cette fracture numérique structurelle, le gouvernement mise sur le déploiement d’infrastructures de dernier kilomètre dans les zones rurales, où, en raison de faibles perspectives de rentabilité, les investissements privés restent limités. Cette intervention publique, caractéristique d’une approche d’infrastructure numérique d’intérêt général, repose sur un mécanisme de subvention au coût le plus bas. Elle vise à maximiser l’impact des financements publics.

Défis : coût des terminaux et compétences numériques

 Cependant, si l’extension de la couverture haut débit constitue un levier essentiel pour l’inclusion numérique et l’accès aux services numériques, elle ne saurait suffire à elle seule. En effet, d’autres obstacles demeurent, notamment le coût élevé des terminaux compatibles et des forfaits Internet. Le faible niveau de sensibilisation aux usages numériques ainsi que les lacunes persistantes en matière de compétences numériques au sein de la population constituent également un frein.

 178 collines rurales connectées bientôt

 A ce propos, Bienvenue Irakoze, secrétaire exécutif du Secrétariat exécutif des technologies de l’information et de la communication  (SETIC) et coordonnateur du projet PAFEN, détaille : « Le PAFEN est une initiative du gouvernement, financée par la Banque mondiale, visant à poser les fondations de l’économie numérique à travers des infrastructures publiques numériques».

« L’un des objectifs centraux est d’améliorer l’accès à l’Internet haut débit, surtout dans les zones rurales. Nous voulons garantir une inclusion numérique équitable», poursuit-t-il. Selon lui, le Burundi prévoit de connecter 178 collines rurales grâce à une subvention de 11 millions de dollars, mobilisée par le PAFEN, en complément des actions du Fonds de service universel (FSU).

Il explique ensuite que la sélection des collines bénéficiaires repose sur une enquête nationale sur l’usage du numérique, menée avec l’Agence de régulation et de contrôle des télécommunications (ARCT) et les opérateurs. « Nous avons identifié les zones à forte concentration de population et à fort impact social : écoles, hôpitaux, marchés et centres d’agglomération », révèle-t-il.

 Une infrastructure durable pour l’inclusion numérique

 Pour garantir l’équité, insiste-t-il, « le projet impose le roaming national. Chaque citoyen pourra choisir librement son opérateur, tout en assurant que l’infrastructure financée par des fonds publics serve l’intérêt général». « Nous exigeons également l’usage d’énergies renouvelables, notamment le solaire, pour pallier le manque d’électricité en milieu rural et assurer la durabilité environnementale», ajoute-t-il.

Irakoze souligne que, plus que la connectivité, cet investissement ouvrira la voie à d’autres services essentiels. « Au-delà de la connectivité, ces investissements constituent une infrastructure structurante. Ils permettront le développement de services essentiels : e-gouvernement, santé numérique, éducation en ligne, paiements digitaux, commerce électronique et agriculture numérique. L’accès à Internet est une condition préalable à la mise en œuvre de tous ces services».

Irakoze souligne tout de même que l’initiative reflète la vision du gouvernement de faire de l’accès aux infrastructures numériques un bien public fondamental. Elle répond également aux attentes des communautés rurales longtemps isolées : « La connexion de ces 178 collines rurales répond à une attente ancienne des populations. Elle s’inscrit dans la vision du gouvernement de construire une économie numérique inclusive, où l’accès aux infrastructures numériques de base est reconnu comme un bien public essentiel, au cœur des DPI».

D’ores et déjà, cette déclaration illustre la volonté du gouvernement de considérer l’accès à Internet comme un droit fondamental et de faire des infrastructures numériques un levier d’inclusion sociale et économique.

Le cadre légal derrière la connectivité rurale 

Francine Kankindi, juriste spécialisée en droit des affaires et doctorante en droit du numérique à l’Université du Burundi met en évidence une lueur d’espoir : le modèle «open access». Elle insiste sur ce partage vital des réseaux qui, tel un pont jeté vers les collines oubliées, permettrait aux ruraux de briser enfin leur isolement.

Cependant, le financement de ce rêve repose sur le Fonds de service universel(FSU), un trésor public dont elle mentionne l’usage crucial. Pour que chaque franc se transforme en signal mobile, elle propose une transparence absolue, afin d’éviter que l’argent de la connectivité ne s’évapore dans les méandres de l’opacité administrative.

Sur le front de la sécurité, le constat est alarmant car l’ombre des cyberprédateurs plane sur les nouveaux connectés. Kankindi déplore un cadre juridique fragmenté et confie son inquiétude face au vol d’identité. Elle propose donc une loi protectrice, véritable bouclier humain pour défendre l’intimité des citoyens face aux abus.

Derrière les chiffres, elle souligne un enjeu de dignité : l’accès à l’Internet ne doit plus être un luxe, mais un souffle essentiel pour l’éducation, l’information, et l’accès aux services publics. En transformant ce service en droit progressif, Kankindi estime que le Burundi pourrait enfin panser ses plaies numériques. C’est un cri du cœur pour une gouvernance qui place l’humain avant la technologie.

Rugembe, une colline coupée du réseau attend la 4G du projet PAFEN

A seulement 24 kilomètres de Bujumbura, la colline de Rugembe offre un contraste saisissant. Perchée dans la commune de Mugere, zone Gomvyi, elle reste en marge d’un monde pourtant à portée de regard.

Depuis ses hauteurs, les habitants aperçoivent au loin des antennes télécom dressées sur d’autres collines. Des infrastructures visibles mais inaccessibles. Aucun opérateur ne couvre la zone. Le réseau est absent, l’internet quasi inexistant, et l’électricité fait défaut. Rugembe vit dans une double obscurité énergétique et numérique.

Pour capter un semblant de signal, certains habitants n’ont d’autre choix que de grimper sur des arbres ou de se hisser sur les points les plus élevés de la colline. Là, parfois, un filet de réseau apparaît. Instable. Fragile. Suffisant à peine pour envoyer un message. Ce geste, devenu banal, illustre à lui seul l’ampleur du déficit d’accès.

Au fil des entretiens menés auprès des habitants, un même sentiment se dégage : frustration, fatigue, mais aussi attente. Tous décrivent un quotidien ralenti, limité dans ses opportunités. L’accès à l’information, à l’éducation, aux services reste entravé par cette absence de connectivité.

Mais à Rugembe, l’espoir est déjà en train de s’installer. L’annonce du projet PAFEN, qui prévoit de connecter 178 collines en 4G, change les perceptions. Les habitants parlent d’un tournant. D’une possibilité de rattraper un retard longtemps subi.

Dans les regards et les mots recueillis, une impatience se lit clairement : celle de sortir enfin de l’isolement, de ne plus regarder les antennes de loin, mais d’en ressentir, enfin, les effets au quotidien.

Selon la Banque mondiale, le taux d’accès à l’électricité en milieu rural au Burundi reste très faible, autour de 10 à 15%.

Une obscurité numérique totale

Isaac Nduwimana, 32 ans, dresse un constat sans détour : sur cette colline, la connexion internet est quasi inexistante. Une réalité qu’il vit comme un frein direct au développement. « Je ne trouve même pas les mots pour exprimer notre mécontentement face à cette situation », confie-t-il, la voix chargée de frustration.

Pour lui, cette absence d’accès au numérique représente bien plus qu’un simple inconfort. « C’est une perte énorme. Nous sommes totalement déconnectés du monde de la recherche et du monde moderne », insiste-t-il.

Il se souvient de ses années d’école, où l’accès à l’information était déjà un défi. « Quand j’étais encore élève, il nous arrivait de devoir recourir à internet pour résoudre certains exercices. Nous faisions aussi des recherches pour comprendre l’évolution du monde. Mais ici, à Rugembe, nous vivons dans une obscurité numérique totale », témoigne-t-il.

Dans cette colline enclavée, le fossé est palpable. « Les élèves et même les enseignants entendent parler d’internet… ailleurs », ajoute-t-il, comme pour souligner l’écart grandissant avec d’autres régions mieux connectées.

Malgré tout, Isaac Nduwimana garde une part d’espoir. L’annonce d’une éventuelle couverture en 4G suscite des attentes fortes. « J’attends impatiemment que notre colline soit enfin connectée. Je suis convaincu que le développement suivra. Nous pourrons enfin sortir de cette ombre numérique dans laquelle nous vivons depuis si longtemps », affirme-t-il.

Selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), les coûts élevés des données restent un frein majeur à l’accès en Afrique de l’Est.

Commerce ralenti et isolement économique

 Boutiquier d’une vingtaine d’années, visage fermé, Dieudonné Havyarimana tient une petite boutique au centre de la colline Rugembe, encore non couverte par la 4G. Entre des étagères peu fournies, il décrit un quotidien freiné par l’absence d’internet. « Ici, je ne peux pas vendre en ligne ni contacter facilement mes clients. S’ils ne viennent pas, je ne vends pas.»

Faute de connectivité, il dépend entièrement des déplacements physiques. Pour s’approvisionner, il parcourt près de 25 kilomètres jusqu’à Bujumbura, un trajet coûteux et chronophage. « Chaque voyage me coûte environ 20 000 francs burundais et je perds presque toute une journée. » Sans accès régulier aux prix du marché, Havyarimana travaille à l’aveugle. « Parfois, je vends à perte sans le savoir. » Dans cette  colline, les paiements restent dominés par le cash, le mobile money étant encore limité.

Malgré ces difficultés, l’espoir persiste. « Ne pas être connecté, c’est comme être coupé du reste du pays. » Rugembe fait partie des 178 collines ciblées par le projet PAFEN. Une perspective qui nourrit les attentes des habitants. « Si la connexion arrive, ce sera un grand changement pour nous», confie-t-il.

Les études GSMA montrent que la digitalisation des petits commerces peut réduire les coûts opérationnels de 20 à 30%.

Une fracture numérique ressentie comme une injustice

 Nshimirimana Vianney s’indigne quant à lui de constater que sur toute la colline, aucune antenne des opérateurs télécoms n’est installée, alors que sur les collines voisines, elles « poussent comme des champignons ». Une situation qu’il juge profondément injuste. « Cela nous prive de connectivité », déplore-t-il. « Nous entendons que les autres utilisent WhatsApp et Facebook pour communiquer, mais ici chez nous, nous sommes dans l’opacité. Nous sommes déconnectés et sous-informés », confie-il. Cependant, derrière cette frustration, il garde une lueur d’espoir. Il dit attendre avec impatience l’arrivée prochaine de la 4G sur la colline. Pour lui, cette connectivité pourrait changer le quotidien des habitants, ouvrir Rugembe au reste du pays et réduire le sentiment d’isolement qui pèse aujourd’hui sur la communauté.

 Des services numériques inaccessibles

 Motard opérant dans la localité de Rugembe, Alsene Niyumuremyi décrit l’absence de connexion internet comme un véritable frein à son activité. Il explique que, pour s’approvisionner en carburant, le gouvernement du Burundi via la Société pétrolière du Burundi (SOPEBU) a introduit l’application mobile « Igitoro Pass ». Mais dans une zone non connectée, y accéder devient un défi quotidien. « C’est très difficile pour nous d’utiliser cette application pour obtenir du carburant ou même savoir où il est disponible. Sans internet, c’est un véritable chemin de croix », déplore-t-il.

Il ajoute que les informations sur la disponibilité du carburant circulent souvent via des groupes WhatsApp. « Mais ici, à cause de l’absence de connexion, nous ne recevons pas ces messages, ou alors trop tard », précise-t-il. Cette situation entraîne des pertes de temps, des déplacements inutiles ainsi qu’un manque à gagner pour les motards. Pour lui, l’accès à internet ne serait pas un luxe, mais une solution concrète à ces difficultés quotidiennes.

 Les femmes face au vide numérique

 Sous un parapluie qu’elle tient d’une main, Manirakiza Pettronie avance lentement sur la colline Rugembe, un enfant solidement attaché dans son dos. Mère de famille et leader communautaire, elle incarne une génération de femmes rurales confrontées à l’isolement numérique.

Elle exprime avec gravité sa préoccupation face à l’absence de connexion internet dans sa localité. Pour elle, cette situation ne relève pas d’un simple retard technologique, mais d’un véritable facteur d’exclusion. « En tant que maman, puisque nous n’avons pas internet, nous sommes déconnectées du reste du pays. Nous sommes sous-informées », confie-t-elle. Elle souligne notamment le manque d’accès en temps réel aux informations essentielles sur la santé reproductive et la santé mère-enfant, un retard qui peut, selon elle, avoir des conséquences directes sur la vie des femmes et des enfants.

Au-delà de la santé, Manirakiza estime que cette fracture numérique freine aussi les opportunités économiques des femmes rurales. Elles restent dépendantes des marchés locaux, sans possibilité d’élargir leur clientèle ou d’accéder aux plateformes numériques de vente. L’absence d’informations sur les prix agricoles ou les conditions météorologiques les oblige à prendre des décisions souvent approximatives. A cela s’ajoute une exclusion financière persistante, marquée par un accès limité aux services numériques et au crédit, renforçant leur dépendance économique.

Elle évoque également la charge quotidienne qui pèse sur les femmes de la colline, entre déplacements fréquents pour s’informer ou vendre leurs produits, et manque de temps pour d’autres activités productives ou éducatives. L’isolement est aussi social, avec une faible intégration dans les réseaux d’échange et de soutien qui existent ailleurs via les plateformes numériques.

Dans ce contexte, Manirakiza s’interroge sur le retard de développement de Rugembe par rapport à d’autres collines. « Des fois je me demande quelle faute nous avons commise alors que nous voyons d’autres collines en plein développement », dit-elle avec amertume.

Pour elle, l’internet représente bien plus qu’un outil technologique. C’est un levier d’autonomisation des femmes, capable de transformer leur accès à l’information, leur indépendance économique et leur participation au développement local.

Face à cette situation, elle exprime une profonde attente mais aussi un espoir grandissant. Elle a appris que sa colline figure parmi celles qui seront bientôt connectées à la 4G dans le cadre du projet PAFEN. Pour elle, cette perspective change déjà la manière de voir l’avenir. Elle espère que cette connectivité mettra fin à l’isolement informationnel, facilitera l’accès rapide aux informations de santé, et ouvrira de nouvelles opportunités économiques pour les femmes de Rugembe. « Nous attendons cela avec impatience. Si internet arrive ici, notre vie va changer », laisse-t-elle entendre, entre espoir et soulagement.

Dans son petit restaurant de Rugembe, Jacqueline Niyibitanga, tenancière, observe avec inquiétude les effets de la fracture numérique sur son activité. Elle explique que l’absence de connexion internet limite fortement ses opportunités de croissance. Sans accès aux plateformes numériques, elle ne peut pas promouvoir son restaurant, ni suivre facilement les tendances du marché ou les variations des prix des produits alimentaires.

Elle dépend entièrement des informations qui circulent localement, souvent tardives ou incomplètes. Pour elle, cette situation maintient les petits commerces dans un cercle de stagnation économique. Niyibitanga estime que l’arrivée de la 4G dans la colline, attendue dans le cadre du projet PAFEN, pourrait transformer son activité en lui ouvrant de nouvelles perspectives de visibilité et de clientèle. Selon ONU Femmes, les femmes rurales ont jusqu’à 30% moins d’accès aux technologies numériques que les hommes dans les mêmes zones.

Une administration à l’aveugle

 Damien Haberugira, chef adjoint de la colline Rugembe, ne cache pas son inquiétude. Pour lui, la fracture numérique est devenue un obstacle quotidien à la gestion locale.
« Les messages nous invitant à participer aux réunions au niveau communal, provincial ou même national ne nous parviennent pas. Et quand ils arrivent, c’est souvent trop tard », déplore-t-il.

Ce décalage informationnel n’est pas sans conséquences. « Cela constitue un handicap majeur dans l’accomplissement de nos tâches. La population reste sous-informée, et nous peinons à jouer pleinement notre rôle d’encadrement », ajoute-t-il, visiblement frustré par une situation qu’il juge injuste pour sa communauté.

Au-delà du présent, Haberugira s’inquiète pour l’avenir. « Sans électricité ni connexion internet, la Vision nationale 2040-2060 risque de rester un rêve lointain. Aujourd’hui, beaucoup de services et de décisions passent par le numérique. Si nous restons en marge, nous serons tout simplement exclus », alerte-t-il.

Mais malgré ce constat préoccupant, une lueur d’espoir se dessine. Le projet PAFEN apparaît, à ses yeux, comme une possible rupture avec cet isolement. « Je reste optimiste. Avec le PAFEN, les choses peuvent basculer. Notre colline, longtemps oubliée, peut enfin rattraper son retard », confie-t-il avec un léger sourire.

Pour lui, ce projet est bien plus qu’une infrastructure : c’est un souffle nouveau. Une opportunité de reconnecter non seulement une colline, mais toute une population à l’information, aux services et à l’avenir.

Plusieurs études sur la gouvernance numérique (Banque mondiale) montrent que la connectivité peut améliorer jusqu’à 40% la transmission des services administratifs en zones rurales.

Sur la crête de Rugembe, les téléphones s’élèvent encore vers le ciel, à la recherche d’un signal qui ne vient presque jamais. Pourtant au loin, les antennes continuent de clignoter. Proches, mais hors d’atteinte. Attendre est devenu une habitude. Attendre un message, une information ou une opportunité. Cependant cette attente a un coût : des journées de travail perdues, des déplacements coûteux, des décisions prises sans information fiable.

Ailleurs, la connectivité réduit les coûts, accélère les services et ouvre les marchés. Désormais, cette attente n’est plus tout à fait la même. Elle a changé de nature. Elle porte désormais un nom : la 4G du projet PAFEN. A Rugembe, les habitants ne demandent pas un privilège. Ils attendent simplement d’être reliés au reste du monde.